- Catégorie : film
- Titre : Yesterday
- Réalisateur : Danny Boyle
- Acteurs : Himesh Patel, Lily James, Ed Sheeran
J’ai regoûté au plaisir du cinéma de fin de week-end pour faire passer le blues du dimanche soir. Et j’ai décidé d’aller voir « Yesterday« .
On suit Jack Malick, un auteur-compositeur anglais qui n’arrive pas vraiment à percer malgré le soutien de sa manager et meilleure amie Ellie. Mais alors qu’une coupure d’électricité frappe le monde entier pendant quelques secondes, Jack se fait percuter par un bus. A son réveil, tout paraît normal hormis la perte de deux de ses dents. Tout est normal ? Non. Il va découvrir bien vite que plus personne ne connaît les Beatles. Pire que ça, les Beatles n’ont jamais existé ! Alors Jack va reprendre à son compte tous les titres du groupe pop en se faisant passer pour un compositeur de génie, mettant au passage sa raclée à Ed Sheeran ! Il devient alors une super star, déchaînant le même enthousiasme que dans les sixties.
L’idée est séduisante. Et ce qui est amusant, c’est de voir qu’un chef d’œuvre incontesté pourrait ne pas totalement convenir si il apparaissait à notre époque. Par exemple, dans la bande annonce (parce que je vais essayer de ne pas trop spoiler), les producteurs et même Ed Sheeran s’accordent à dire que Jude, ça sonne vieux et que ça ne parle pas aux gens. Alors que Hey Dude… Jack se retrouve alors à sabrer des morceaux formidables pour convenir aux marketing actuel. Idem avec les albums, les pochettes, les titres etc… Effectivement, « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » c’est un peu long… Quoi que la tendance revienne avec les titres de livres à rallonge (Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une etc…)
J’ai beaucoup aimé le passage où il va jouer pour la première fois à ses parents Let it be. Pour eux, c’est un non-évènement… encore une chanson pourrie de leur fils musicien raté. Jack est tellement frustré car lui sait la valeur de cette chanson, son potentiel. C’est comme avoir les chiffres du loto et que tout le monde s’en foute.
Jack va toucher le gros lot en devenant une super star, avec ce que ça coûte. Je regrette un peu dans le film que le changement de vie, la folie autour de sa musique comme celle provoquée par les Beatles, ne soient pas plus montrés, étudiés. Idem sur le traitement des réseaux sociaux et du marketing autour de la sortie des chansons. En effet, est-ce que la viralité est la même entre notre époque et celle des Beatles ?
Ce film amène à réfléchir sur le succès d’une œuvre. Est-ce que l’art est reconnu en tout temps et partout uniformément ? Y a-t-il des périodes propices ? Est-ce que si Leonard de Vinci n’avait pas existé, et qu’un artiste lambda peignait la Joconde aujourd’hui, ça provoquerait le même émoi ? Est-ce qu’un tube des années 60 peut faire bouger les foules à notre époque ?
Quand on voit la quantité de reprise musicale aujourd’hui, on serait tenté de dire que oui. Certaines mauvaises langues parlent même d’un manque flagrant d’imagination, où on va pomper dans les vieux cartons les tubes de l’année. Mais il faut noter quand même que toutes ces reprises sont remises au goût du jour, réarrangées pour convenir à l’époque de remise en avant. Je pense par exemple au titre de Flo Rida « Good Feeling » qui est largement inspiré par « Something’s got a hold on me » d’Etta James (et encore je vous dis que c’est Etta James mais elle l’a peut-être elle-même piquée à quelqu’un d’autre… c’est pire que les Matriochkas ce genre de chose!). Mais qui se souvient de la version originale? Est-ce qu’elle aurait fait le même émoi en sortant en l’état ?
Finalement, ce qui fait une œuvre d’art, c’est peut-être sa capacité à traverser le temps en restant connue du grand public. Bien sûr, il y aura toujours des connaisseurs qui feront de la résistance et de l’évangélisation sur des choses très pointues, mais si ça ne prend pas au niveau des foules, peut-on parler de succès ? C’est ce qui fait la différence entre un artiste et votre papy qui peint dans son garage (sauf si ledit papy s’appelle Jackson et que vous vous appelez Pollock, auquel cas…). La question se pose aussi d’un artiste très connu à son époque mais qui passe dans l’oubli avec le temps, comme Salieri dans l’ombre de Mozart.
Bon ça me fait penser à plein de sujets d’article à propos de l’Art, vous entendrez donc sans doute parler du Sourire de Mona Lisa et de Inside Llewyn Davis dans de prochains articles pour traiter un peu plus de tous ces sujets ! Mais pour l’heure concluons sur ce tendre et amusant Yesterday.
J’ai beaucoup aimé ce film qui ravira le cœur des fans des Beatles. C’est drôle, c’est touchant. Cela questionne sur l’important, l’essentiel, la gloire, la célébrité, le talent, l’art, l’amour etc tout en étant divertissant et en remettant à l’honneur la magnifique playlist des Beatles. Les acteurs sont bons et jouent justes. L’histoire fait du bien et nous ramène à l’essentiel.
Enfin, ce film pose la question de comment serait le monde sans le talent de certains génies et comment vit-on dans un monde où plus personne à part vous ne connait les plus fantastiques artistes. Je me suis posée la question en sortant du cinéma sur l’artiste dont je regretterai le plus l’absence de son oeuvre… je n’ai pas encore résolu ce problème, mais je vous tiens au courant dès que je trouve.
D’ici là je vous laisse profiter d’un super reportage d’Arte sur John Lennon et Yoko Ono, dont on n’aurait rien à cirer si les Beatles n’avaient pas existé ! >> C’est par là pour le regarder. (ouverture dans un nouvel onglet) » href= »https://www.arte.tv/fr/videos/083931-000-A/john-yoko/?fbclid=IwAR0BcDzAB-ZrwHqrLFo5MM3-QcaVC5TfhtB-3ijSDOx9j9MhoXzb1ftjfhU » target= »_blank »>>>> C’est par là pour le regarder.
Et n’oubliez pas : all you need is love
PS : si après la lecture de cet article vous n’avez pas été frappé par le drame que serait la non-existence des Beatles, je ne vous ferais remarquer qu’une chose : Love Actually n’aurait aucun saveur !