- Catégorie : théâtre
- Titre : Tape Face
- Théâtre : Bobino
Aujourd’hui je vais vous parler d’une chouette découverte. En ces temps désespérés sans ligne 13, ma vie culturelle ne va pas au-delà de Montparnasse. J’errais sans but en quête d’un spectacle accessible à pied quand sur le chemin j’ai vu des affiches partout. Ni une ni deux, j’ai foncé !
L’histoire
En fait, il n’y a pas vraiment d’histoire. Enfin si, celle d’un homme qui a été jusqu’en final d’America’s got talent, le tout sans parler. Car l’unique acteur de ce spectacle a un gros scotch noir sur la bouche d’où le nom de Tape Face.
Mais grâce à des gestes et un regard très expressif, il se fait parfaitement comprendre de l’assemblée. Il fait d’ailleurs participer l’assemblée à son spectacle en prenant des gens dans le public. C’est ce qu’on appelle un « spectacle interactif ». Soyez donc préparés !
Par contre, et c’est quelque chose que j’ai apprécié durant le spectacle, il ne force jamais à faire venir. Une dame a refusé, il n’a pas insisté et a choisi quelqu’un d’autres dans le public. Et lorsqu’il fait venir quelqu’un du public ce n’est jamais humiliant ou dégradant. C’est très drôle !
Alors oui on se sent un peu bête car on ne comprend pas toujours ce qu’il demande de faire (puisqu’il ne parle pas !) mais le public est vraiment bienveillant.
Et au final, c’est une grosse heure de rire mais comme rarement j’ai pu rire ! C’est de l’humour potache, léger, malin, ingénieux, avec plein d’accessoires !
Je vous mets la vidéo de ses passages sur l’émission, ça vous donnera un bon aperçu du personnage !
Réflexion
L’universalité culturelle dans un spectacle
La première chose c’est que le langage corporel est universel. Pas besoin de parler la langue du pays, il suffit de faire des gestes. Mais au-delà de ça, ce qui m’a frappé, c’est une certaine universalité de culture qui est partagé par tout le public.
Je m’explique…
A plusieurs reprises, Tape Face se sert d’éléments de la culture pour déclencher des sketchs. Par exemple, dans la vidéo, on a un passage avec l’une des membres du jury qui se retrouve à pétrir de la patte à modeler. La musique s’enclenche et tout de suite, on a en tête la scène du film Ghost.
Un autre exemple : il fait monter sur scène un homme (mais peut-être est-ce une femme les autres soirs bien que j’en doute). Il lui indique une combinaison à mettre, sorte de salopette, par-dessus ses vêtements. Pendant ce temps, il le cache pudiquement. A l’issue de tout ça, l’homme a une sorte de tenue de chantier. Tape Face lui rajoute un casque puis sort de la scène. Et là, la musique de Joe Cocker retentit You can leave your hat on. Et bien croyez-le ou non, mais l’homme après un quart de millième de seconde à chercher de l’œil l’artiste, ne voyant aucune réponse ou indication, a automatiquement commencé un strip-tease. Parce qu’effectivement, cette musique est associée à ça. Comme un réflexe pavlovien, on sait qu’il faut se dessaper sur ce morceau. L’homme savait ce qu’on attendait de lui inconsciemment. Et il s’en est super bien sorti ! Mais j’ai trouvé ça délirant que sans consigne, l’homme s’exécute, surtout face à un public !
Comment Tape Face pouvait-il être sûr que l’homme allait faire ça ? Le conditionnement ? Le fait que la combinaison soit scratchée ? La montée d’action progressive qu’il a fait faire précédemment aux autres participants ?
L’homme est ainsi fait…
Autre phénomène, et pour celui-ci il faut un homme sur scène. En effet, Tape Face installe l’homme sur scène face public, lui donne un mètre ruban (de bricolage), et se place à côté. Il tient le mètre ruban au niveau de l’entre-jambe et enjoint le spectateur sur scène à faire de même. Puis il tire un peu sur le mètre. Par « réflexe », l’autre tire un peu plus (fierté de mâle ?!). Tape Face augmente à son tour. Et ainsi de suite jusqu’à se retrouver avec des mètres rubans tirés au maximum dans un équilibre ultra précaire mais très drôle.
A aucun moment il n’a indiqué quoi faire.
Alors ce qui est amusant, c’est que je suis allée voir ce spectacle avec un ami. Et il m’a confié à ce moment-là qu’il avait déjà fait ce genre de blague avec des potes… Par réflexe, on a un mètre ruban, on veut l’étirer le plus et le faire tenir en équilibre. Ou est-ce un concours de bite ?
En conclusion
Ce spectacle était un immanquable de cette fin d’année. Il se termine ce week-end hélas ! Du coup, je ne résiste pas à l’envie de vous raconter le dernier sketch qui est jouissif !
Au début du spectacle, il fait venir sur scène une personne et par je ne sais quel enchainement, cette personne appuie sur un buzzer sur lequel il était pourtant écrit « Don’t touch » (mais ça la personne ne pouvait pas le savoir !). Cela déclenche une sorte de compte à rebours qui à 30 minutes, 15 minutes, 10 minutes puis 5 minutes de la fin annonce le temps restant. Et à chaque fois que le compte à rebours se déclenche, Tape Face regarde méchamment la personne qui a appuyé sur le maudit buzzer.
Quelques minutes avant la fin, il fait remonter la personne sur scène et commence à l’équiper avec des lunettes de protection et des gants de cuisine. Mais ce ne sont pas de simples gants de cuisine : lorsqu’il lui lance un ballon, celui-ci éclate. Il y a des punaises sur les gants (un peu le principe du combat d’agrafeuse dans la vidéo). Il met alors un casque sur les oreilles de la personne et la fait se retourner. Pendant ce temps, dans la salle on nous distribue des ballons rouges qu’on nous invite à gonfler.
Et alors cette musique retentit :
Vous voyez venir le truc ? Nous on le sait et on a hâte ! Il enlève le casque à la personne sur scène qui se retourne et se fait lancer dessus des dizaines voire centaines de ballons rouges ! Et là c’est magique de voir la surprise de la personne qui se met à frénétiquement les éclater avec ses gants. On voit un enfant sur scène qui s’amuse. Et ça ça fait du bien à voir !!!!
Voilà, c’était le dernier souvenir culturel de 2019 ! Et c’était merveilleux !
Puisse 2020 apportait autant de magie, d’émerveillement, de rire, de joie et de jolies découvertes que ce beau spectacle !