- Catégorie : série
- Titre : Undone
- Acteurs : Rosa Salazar et Bob Odenkirk
- Production : Amazon Prime
Une petite pépite a surgi en cette fin de confinement ! Trop vite dévorée avec son unique saison de 8 épisodes de 22-24 minutes, Undone est une étonnante découverte que je m’empresse de vous partager.
L’histoire
Alma, jeune femme qui s’ennuie dans sa vie trop bien réglée, a un accident de voiture dans lequel elle réchappe à la mort. Mais après une période de coma, des phénomènes étranges se passent autour d’elle comme la vision de son père, mort quand elle était enfant. Il lui demande de l’aider à retrouver son assassin en jouant avec un nouveau rapport au temps, qu’Alma peut désormais déformer, tordre et donc maîtriser.
Je vous laisse découvrir la bande annonce
Réflexion
Une méthode originale et pourtant bien vieille : la rotoscopie
Cette série est vraiment surprenante de part son esthétique d’abord : en effet, bien que ça soit tourné avec de vrais acteurs, on a un effet dessin animé, tout en gardant la qualité et le réalisme des images. La série a été réalisée avec la technique de la rotoscopie : en gros, on reproduit en dessin image par image une scène réelle avec de vrais acteurs. C’est par exemple la technique qui était utilisée pour les premiers Disney, comme Blanche Neige, la Belle au bois dormant ou même Aladdin.
Ce n’est donc pas nouveau et pourtant, c’est la première série que je vois réalisée comme ça. Et au-delà de cette technique de réalisation, l’univers est vraiment très beau, presque poétique et onirique, tout en gardant une intrigue haletante !
Pourquoi voyager dans le temps ?
Ce qui est toujours fascinant dans les histoires de voyage dans le temps, c’est les motivations des héros à le faire. Dans le cas présent, Alma veut sauver son père qui a été assassiné. Dans de nombreuses histoires, il est souvent question de réparer le passé, ne pas faire une erreur, sauver une personne d’un accident, changer un tout petit détail qui devrait rendre notre vie meilleure.
Je suis la première à dire « si j’avais su » ou « peut-être aurais-je dû faire ci ou ça » mais pourtant jamais je n’ai vraiment eu envie de revenir en arrière. Bon peut-être sur le coup, parfois, faire un léger rembobinage ou à l’inverse revenir carrément avant un drame. Mais à quoi bon. Les choses arrivent…
Je ne vais pas vous dire que si vous arrivez à échapper à la mort, elle vous rattrapera d’une autre façon comme dans un de ces films d’horreur pour ado. Mais quelque part, les choses arrivent, c’est comme ça. Bonne ou mauvaise, on ne le sait qu’à la toute toute fin (comprendre, votre mort !).
J’aime beaucoup ce conte zen rapporté par Lao Tseu (Lao tseu a dit « il faut lui couper la tête »… comprendra qui peut !) sur le vieux fermier pauvre avec son superbe cheval blanc. Tout le monde lui dit de vendre ce cheval lui qui est si pauvre, mais il refuse. Un jour, le cheval se barre. Tout le monde se lamente pour lui, disant combien s’est terrible et qu’il aurait dû le vendre plus tôt. Lui répond que ce n’est ni bien ni mal, c’est comme ça. On ne peut que dire que le cheval n’est plus là Quelques jours plus tard, le cheval revient, suivi par tout un troupeau de chevaux sauvages. Tout le village est admiratif et répète au pauvre fermier qu’il est vraiment chanceux. Il répond que ce n’est ni bien ni mal, qu’on peut seulement dire que le cheval est revenu avec d’autres chevaux. Par la suite, son fils unique qui essaie de domestiquer un de ces chevaux a un terrible accident et perd sa jambe. Le village n’arrête pas : tu avais raison, ces chevaux sauvages n’étaient pas une si bonne chose. Le vieux commence à s’énerver parce que ce n’est pas ce qu’il a dit, ce n’est ni bon ni mauvais. Plus tard, une guerre se déclenche avec le pays voisin et l’empereur envoie tous les hommes valides au front. Le fils du fermier, handicapé, n’est pas mobilisé. Bonne ou mauvaise chose, on ne saurait le dire.
La leçon c’est que souvent on s’emballe avec nos émotions (positives ou négatives) et on colore les événements avec cette émotion. Et finalement on s’enferme un peu dedans. Si on se dit que c’est un événement triste, on ne va focaliser que sur le malheur que ça engendre. Alors que peut-être il y a du bon qui est sorti de ce malheur, peut-être seulement bien plus tard… et que ce même bonheur nous apportera plus de malheur après etc.
Il faut donc rester assez neutre quant aux événements selon cette philosophie.
Personnellement, j’aime croire quand toute chose, il y a du bon. Un drame surgit, et bien c’est triste, mais c’est pour le meilleur. Peut-être pas maintenant, mais sans doute plus tard. La fameuse Fortuna de Carmina Burana finira bien par tourner en notre faveur! Aussi changer le passé, c’est se priver du bon à venir.
Se changer soi, refuser le kintsugi
Le risque en changeant le passé, c’est de se changer soi. En effet, je suis ce que je suis à cet instant précis parce qu’il s’est passé ce qui s’est passé jusqu’à présent. Changer le moindre événement changerait immanquablement qui je suis en revenant. Mais est-ce vraiment souhaitable ? Cela impliquerait perdre des amitiés que j’ai noué à des moments de ma vie, perdre des connexions avec ma famille qui a été soudée par des événements durs, ne pas avoir connu certaines histoires d’amour qui certes sont finies mais qui méritaient d’être vécues.
Nous sommes en constante évolution et nous nous nourrissons du quotidien. Et oui les moments durs nous abîment, nous façonnent… Mais font aussi toute notre beauté et notre unicité.
J’aime beaucoup dans le développement personnel le rapprochement qui est fait avec le kintsugi. Cette technique ancestrale japonaise consiste à réparer un objet brisé en soulignant ses fissures avec de l’or, au lieu de les masquer. Et cette philosophie peut aussi s’appliquer à nous. Nous pouvons décider de célébrer nos blessures, nos coups durs de la vie, pour en faire notre beauté, notre aspect unique et exceptionnel.
Et je pense que vouloir changer le passé, c’est un moyen comme un autre de gérer sa blessure. Dans ce cas-là, on veut seulement la faire disparaître… alors que peut-être, il suffirait de la sublimer ?
Les limites du voyage dans le temps
Un des sujets centraux de l’histoire Undone, vous l’aurez compris, c’est la maîtrise du temps.
Qui n’en a pas rêvé ? Tant de séries ou de films ont basé leurs histoires là dessus : Retour vers le futur, Dr. Who, About Time, Future man (plein de choses à vous partager !). Toutefois, le voyage dans le temps pose de sérieux problèmes scientifiques !
En voici quelques unes soulevées par le professeur Moustache :
E-penser (Bruce je t’aime !!!) a également réalisé une super vidéo sur les voyages dans le temps dans le passé et dans le futur !!! Il traite justement du potentiel paradoxe de vouloir sauver quelqu’un de sa famille mort quand on était jeune : on sauve cette personne, on vit heureux, du coup on n’a pas de raison de retourner dans le passé, donc on ne retourne pas dans le passé donc en fait, on ne sauve la personne (vous voyez la boucle !)
Bon, je veux pas vous démoraliser mais ça pue…
En conclusion
Undone est une super série, beaucoup trop courte, beaucoup trop savoureuse et extrêmement esthétique. J’attends la suite avec une réelle impatience car on reste sur sa faim (avec beaucoup d’excitation !).
Personnellement, je ne pense pas qu’il faille retourner dans le passé pour changer quoi que ce soit, mais juste apprendre du passé, en sortir grandi et encore plus beau malgré les blessures qu’il aura pu infliger et rester confiant dans le futur car même un mauvais moment peut générer du positif. Et je finirai sur les mots d’un grand philosophe du XXIème siècle : j’espère que la routourne va vite tourner ! O fortuna !
1 réflexion au sujet de “Echappée #39 : Undone”
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