Echappées, Série

Echappée #45 : 13 reasons why

  • Catégorie : série
  • Titre : 13 reasons why
  • Casting : Dylan Minette, Katherine Longford

J’avais dit que ça serait plus drôle dans cet article… j’ai menti !

L’histoire

Juste après le suicide d’Hannah Baker, une fille de son lycée, Clay reçoit une étrange boîte à chaussure dans laquelle se trouve 13 cassettes audio. Sur ces cassettes, Hannah raconte ce qui l’a poussée à se suicider. Une cassette par responsable. Et si Clay écoute ces enregistrements, c’est parce qu’il fait partie de l’équation. Comment ? il l’ignore et ne le saura qu’en écoutant les cassettes. Mais qui sont les 12 autres ?

Je vous laisse découvrir la bande annonce pour vous faire une idée de l’ambiance de cette série :

Sous ces aspects de série pour teenagers, 13 reasons why dresse un drame qui pourrait arriver à n’importe quel(le) ado de nos jours. Sous la fiction, des sujets de réflexion à aborder avec des ados par exemple… Je vous partage mes quelques réflexions.

Réflexions

Cyber-harcèlement

Etant née dans les années 80, j’ai grandi avec l’internet 56K où on n’avait que quelques minutes chaque jour pour se connecter sinon on risquait d’exploser le forfait qui coûtait une blinde et donc de déchaîner les foudres de nos parents. En bonus, si ils avaient le malheur de décrocher le téléphone, ça déconnectait. Bref l’enfer ! Mais heureusement, il y a très vite eu MSN et ses wizzzz ! De quoi se reconnecter à sa tribu !

J’ai eu un portable au collège avec un forfait bloqué avec très peu de SMS. Et comme ma diarrhée littéraire ne date pas d’aujourd’hui, vous imaginez tout l’art du langage SMS qu’il fallait mettre en place. Par exemple : je2VécrirssSpace2longuefrazenlangageSMScarchaklettreprené1caractRédccouT2l’Rgent. Seuls quelques experts arrivaient à décrypter mes états d’âme de l’époque… On peut saluer leur talent !

Bref tout ça pour dire qu’il n’y avait pas Snapchat, les MMS, WhatsApp, Messenger et tous ces réseaux qui connectent en un clin d’œil toute une bande. Aussi, j’ai été plutôt préservée dans mon adolescence par tout ce qui pouvait se passer sur les internets.

Force est de constater toutefois, que les mœurs ont bien changé. Avec tout ça, un moment intime ou un contenu qu’on croyait personnel peut très vite se répandre comme une trainée de poudre dans un lycée. Sans contexte, sans histoire autour, l’interprétation est libre à chacun et des surnoms comme « salope », « trainée » (et pas de poudre cette fois) peuvent être diffusés et collés à la peau, comme une sale réputation. Tout cela est à la portée d’un clic.

En tant qu’adulte, on est a priori sûr d’à qui on envoie des contenus intimes. Mais si nous-même pouvons être surpris par les agissements d’une personne après une rupture, imaginez un tas d’hormones en ébullition, une crise de l’adolescence et un caractère pas encore arrêté ! De la nitroglycérine qui peut vous péter à la gueule à n’importe quel moment… C’est pourquoi il me semble important de sensibiliser les jeunes à ce qu’ils envoient, partagent ou même simplement relaient, car ils participent à ce jeu dangereux avec cette innocente action.

Devenir une proie

Sans rentrer dans l’histoire pour ne pas vous spoiler, je parlerais juste d’un événement et surtout d’une réplique qui m’a choquée. Hannah se retrouve sur la liste des plus beaux culs de sa classe. Une belle récompense pensez-vous, quoiqu’un peu potache ? Non, c’est pire que ça ce qui est en train de se jouer ici :

En me mettant sur cette liste, [il] venait de mettre une cible sur moi.

Cette terrible phrase m’a fait froid dans le dos : être jolie fait de vous une proie ! Vous devenez un objet de désir, de fantasme, de convoitise pour ces mâles en rut ! Car oui, les pauvres chouchous ne savent pas retenir leurs pulsions, eux. Alors une main au cul pour vérifier la fermeté, ce n’est pas bien méchant, il faut se détendre et arrêter de jouer les saintes-nitouches. Pourtant, c’est déjà une agression sexuelle !

Trop souvent on laisse passer ce genre de chahutage. On se dit que c’est potache de faire la liste des plus belles nanas d’un bahut, mais ce n’est pas sans conséquence. J’ai souvenir dans mes études, post bac donc tous majeurs heureusement, d’un magazine non officiel qui élisait chaque mois la « pute du mois ». Bizarrement, on n’élisait pas le « trou du cul du mois », sans doute parce que le rédacteur de ce torchon aurait dû se mettre en top position chaque mois !

Mais à accepter à ce niveau-là des comportements comme celui-ci ouvre la porte au pire… Et bizarrement, c’est souvent un comportement masculin, comme si, le gène Y ne permettait pas de se retenir de tripoter un autre être humain… Etrange, non ?

A cette époque de construction identitaire, je trouve que la société envoie des messages bien contradictoire aux jeunes femmes : il faut à la fois être désirable pour plaire, mais pas trop pour ne pas faire pute, avoir de la pudeur mais savoir dire oui, sous peine d’être traité d’allumeuse. Car oui le consentement, c’est encore une autre paire de manche comme vous allez le voir!

Be a lady, they said… une belle dénonciation des diktats contradictoires de la société.

Vous prendrez bien un peu de thé ?

Quand les hormones sont en ébullitions, on devient un peu con (Notez que ça continue aussi après pour certains, mais ce n’est pas le sujet du point ici !). Alors parfois, on pense n’avoir rien fait de mal, ne pas avoir forcé la main à l’autre, ou tout simplement être dans son bon droit… et pourtant…

Une astuce toute simple à partager largement : demandez-vous si l’autre veut du thé !

Pensez toujours à vérifier si la personne veut bien du thé au moment de le servir. Et ne vous vexez pas si elle refuse, alors que vous aviez mis à chauffer l’eau, infusez le thé parce qu’elle vous avait dit vouloir du thé. Et surtout : on ne fait pas boire du thé à quelqu’un qui est inconscient ! C’est la base !!!

Et bien c’est pareil avec le sexe ! Et si ces petits cerveaux en formation d’ado ne peuvent pas le comprendre pour le sexe, ils y arriveront peut-être avec la métaphore du thé !

Harcèlement tout simplement

Oui, être jolie est dangereux…. mais pas seulement !
Une amie m’a dit récemment cette phrase qui m’a amusée : « toi, avec ton statut d’intello, finalement tu étais assez protégée. » C’est vrai qu’avec mon fil barbelé dans la bouche et mes culs de bouteilles vissés sur le nez, je ne risquais pas de déchaîner l’imaginaire des foules… Non pas de harcèlement sexuel pour moi, ouf ! Mais cela ne veut pas dire qu’on est à l’abris pour autant.

En effet, être différent de la norme imposée par les gens qui ont le pouvoir, grâce à leur popularité, vous met nécessairement à découvert. Vous êtes une proie plus ou moins facile, une cible mouvante. De la moquerie au cassage de gueule en bonne et due forme, la palette de violence est large ! A vos harceleurs de choisir !

J’aimerais vous partager le très beau projet de Shane Koyczan : To this day

Cette magnifique vidéo retrace le parcours du combattant que vivent les « autres »: les gros, les moches, les dépressifs, les intellos… bref tous ceux qui ne se fondent pas dans le paysage. J’en retiens des messages forts qu’il faut transmettre « nous ne sommes pas le surnom qu’on nous a donné » et plus que tout « They were wrong » (ils avaient tort). Oui, ils avaient tort de croire qu’on valait moins parce que différents. Oui, ils avaient tort d’enfoncer des individus peut-être déjà faibles ou peu sûrs d’eux. Non, il ne faut pas les croire ! Surtout pas !

Mais c’est si difficile à ces âges-là de trouver un meilleur miroir que celui que renvoient ses petits camarades. On ne sort pas indemne de ce genre de chose. Et qu’on ne minimise pas cette violence par une simple phrase « les gosses peuvent être tellement méchants entre eux parfois ». Non, c’est aux adultes de ne pas laisser passer ça !

Que faire alors ?

Je pense qu’en tant qu’adultes, parents, futurs-parents, nous avons un rôle à jouer là-dedans. Déjà, en ayant nous même une parole juste, car les enfants ne font que reproduire ce qu’ils voient. Ensuite, en ne laissant pas impuni ce genre de comportement. Mais au-delà de la punition, qui pour moi n’est jamais une solution durable, la prévention est avant tout indispensable.

Faire prendre conscience aux jeunes de la portée de leurs actes; ouvrir la parole aux jeunes qui subissent des violences; et rappeler sans cesse qu’il y a quelqu’un pour les aider, quelque part et qu’il ne faut surtout pas hésiter à faire appel en cas de besoin.
Je remets ici les numéros utiles, à partager largement et régulièrement :

Ces numéros sont accessibles 24h/24. Gardez les sous la main.

18 : POMPIERS
15 : SAMU
17 : POLICE
 (vers la police ou la gendarmerie suivant les communes)
112 : Numéro de secours avec un téléphone portable.
Ce numéro d’appel d’urgence européen fonctionne depuis n’importe quel pays en Europe.
CENTRES ANTIPOISON :  0 825 812 822
SOS MEDECINS : 3624

NUMÉROS SPECIAUX

CAP ECOUTE : Service d’Ecoute Téléphonique ANONYME et GRATUIT à destination des Ados, des Parents et des Professionnels de la Santé et de l’Education en difficulté.
Ligne d’écoute REGIONALE : n° vert 0 800 333 435
Numéro National : 04 72 33 34 35

JEUNES VIOLENCE ECOUTE : n° vert 0 800 202 223
CROIX ROUGE ÉCOUTE : n° vert 0 800 858 858
SUICIDE  ÉCOUTE :01 45 39 40 00 
(coût d’un appel local depuis un poste fixe)
ECOUTE CANNABIS : 0 811 912 020 (coût d’un appel local depuis un poste fixe)
ECOUTE ALCOOL : 0 811 913 030 (coût d’un appel local depuis un poste fixe)
TABAC INFO SERVICE : 3989
DROGUES INFO SERVICES
 : n° vert 0 800 231 313
PARIS ADOS SERVICES : 
un lieu d’accueil et  d’écoute pour les jeunes de 13 à 21 ans en difficultés.Numéro le jour : 01 42 40 20 42
Numéro la nuit de 19 h 30 à 09 h 00 : 01 44 52 03 34

PHARE ENFANTS PARENTS : 01 42 66 55 55
Ecoute et service d’accueil pour parents confrontés au mal-être et au suicide des jeunes.
FIL SANTÉ JEUNE :  n° vert 0 800 235 236 ou 3224 (appel gratuit depuis un fixe)
Appel depuis un portable : 01 44 93 30 74 (prix d’un appel ordinaire, non surtaxé)
Tous les jours de 8 heures à minuit, à l’écoute des jeunes de 12 à 25 ans.
Numéro vert national, anonyme et gratuit. Accueil « Solidarité Assurance Santé »
SERVICE NATIONAL D’ACCEUIL TELEPHONIQUE DE L’ENFANCE EN DANGER : 119
PLANNING FAMILIAL : n° vert 0 800 115 115

SIDA INFO SERVICE : 0 800 840 800  (numéro vert, tous les jours 24h/24)Écoute, soutien, orientation.
SOS BIZUTAGE :  n° vert 0 800 555 500
SOS VIOL :  n° vert 0 800 059 595
SOS RACISME :  01 40 50 34 34
SOS DÉPRESSION :  01 40 47 95 95
SOS SUICIDE :  01 40 44 46 45
SOS AMITIÉ :  01 40 33 80 60
SOS DÉPRESSION :  01 40 47 95 95
SOS HOMOPHOBIE :  n° vert 0 810 108 135

Voici le lien pour télécharger le document en pdf : http://ado-mode-demploi.fr/numeros-durgence.pdf

Je ne sais que trop bien comment un ado peut cacher son état à ses parents, ne pas raconter ce qui se passe à l’école. Et la série 13 Reasons Why porte justement sur le secret qui a été gardé jusqu’à sa mort. On ne peut pas blâmer les adultes de ne pas voir tout ce qui se passent entre jeunes. C’est pourquoi je reste profondément convaincue que la clé reste la prévention et la sensibilisation à tous ces sujets.

Conclusion

L’adolescence n’est une période facile pour personne. Nous avons tous nos casseroles. Et je suis convaincue que les harceleurs ne sont pas les gens les plus heureux de la Terre (ou si ils le sont, ce sont de vrais psychopathes). Sans trouver des excuses à leurs actes, je pense que ça traduit un profond mal-être d’avoir besoin de faire souffrir les autres.

Mais il ne faut pas se taire face aux violences qu’on peut subir durant cette période. Si vous êtes adulte en me lisant, bien sûr que vous aurez l’impression que j’enfonce des portes ouvertes… mais êtes-vous sûrs que vous êtes désormais totalement détachés du regard des autres et des cicatrices du passé ? N’y a-t-il pas un petit chefaillon qui vous tyrannise au bureau ? Jusqu’où le laissez-vous aller sans rien dire ? Ou n’avez-vous pas fermé les yeux sur des actes répréhensibles dont vous étiez témoins mais pas victimes? Ou simplement qui n’a jamais colporté un ragot sur une collègue ? Pas si simple, n’est-ce pas… Alors je n’ose imaginer le bordel quand on est en construction identitaire avec les hormones qui font n’importe quoi. Si cet article peut être utile, tant mieux…

En tout cas, j’ai beaucoup aimé 13 reasons why, qui dans sa première saison, vous mène jusqu’au bout pour enfin savoir le fin mot et comprendre pourquoi une jolie jeune fille mignonne comme tout en arrive à ce geste irréparable. Sans être cucul ou gnangnan, elle secoue en nous mettant face à la jungle que peut être l’adolescence.

Et je suis tout simplement tombée en amour pour une des chansons de la bande originale que je vous remets ici :

Belle écoute !

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