Deux moi
Echappées, Film

Echappée #49 : Deux moi

  • Catégorie : film
  • Titre : Deux moi
  • Casting : François Civil, Ana Girardot, Camille Cottin et François Berléand
  • Réalisateur : Cédric Klapisch

On m’a recommandé ce film en me disant « ça va te plaire, il y a de l’amour et des chats ». Il n’en fallait pas plus pour convaincre mon petit cœur d’avoir très envie de regarder ce film de Cédric Klapisch.

L’histoire

Rémi montre des signes dépressifs. Mélanie ne va pas beaucoup mieux. Ils entament chacun une thérapie pour se sortir de là. Ils sont voisins d’immeuble et pourtant ils se croisent régulièrement sans se voir, tout englués dans leur mal-être respectif.

Et le film c’est finalement cela : un magnifique chassé-croisé de ces deux individus qu’on sent fait pour se rencontrer. J’ai aimé ces plans où on les voit tous les deux sortis sur leur balcon, sans jamais se voir. Ils sont là, si proches, il aperçoit la fumée de sa cigarette à elle, elle ne se doute de rien. Ou encore lorsqu’elle entend la chanson à travers la cloison qu’elle écoutait quelques minutes auparavant. Ou à l’inverse, ces plans où elle éteint la lumière et lui l’allume, juste à côté.
Cette symétrie, ces réponses sans cesse… Petits signes de l’univers… Synchronicités manquées… C’est ultra esthétique et plein de sens !

J’ai également trouvé les deux personnages de psy très attachants (François Berléand et Camille Cottin). Chacun a sa méthode, son style mais tous les deux ont cette lourde tâche de faire accoucher ces esprits torturés du mal qui les rongent. J’ai aimé cette phrase qu’a le personnage de François Berléand, psy presque à la retraite qui semble dans ses pensées et qui dit « je repense aux milliers de mots qu’il a fallu entendre avant qu’il en sorte quelque chose ».

Je vous laisse savourer la bande annonce qui vous donnera un aperçu de l’univers du film:

Réflexions

Le rôle de la psychothérapie

Comme je vous le disais, j’ai été touchée par les deux psychothérapeutes qui ont chacun leur style. Elle dans l’empathie, lui dans la retenue et dans le questionnement. La déco de leur lieu d’exercice aussi : elle dans le privé, dans le cosy bordélique, et lui dans le public, dans la sobriété du dénuement. Mais tous les deux ont la même mission.

Bien que ça tende à changer, la psycho-thérapie reste associée à la folie. On va voir un psy quand on est malade de la tête. Et surtout on ne dit pas qu’on voit un psy. On « voit quelqu’un » ou on « se fait suivre ». Et j’avoue que je trouve ça absurde de devoir cacher qu’on voit un spécialiste. ça me rappelle ce sketch de Gad El Maleh où il parle des psy et à cette très bonne phrase « Le jour où j’ai l’impression de me faire suivre, je vais voir quelqu’un »

Alors qu’en vrai, il n’y a rien de honteux à aller voir un psy. Et il n’y a pas forcément besoin d’attendre d’être au plus mal pour y aller. Au contraire ! Je trouve ça plus sain d’aller voir un psy que de s’enfoncer dans certains paradis artificiels qui offrent une fuite temporaire mais mille fois plus néfastes à la santé. J’ai un profond respect pour les gens qui ont la force de dire « j’ai des choses à régler » et qui affrontent leur difficulté. Cela demande du courage. Alors oui, on ne peut pas toujours affronter les choses, on n’a pas toujours la force, l’énergie ou le courage de s’y atteler. Et certains trouveront aussi que cela demande beaucoup trop par à rapport aux gains qu’ils pensent en tirer. Mais je reste convaincue que si on attaquait les problème avant que ça ne devienne d’énormes cadavres dans le placard qui empêchent de fermer la porte, ça aiderait. Là encore, c’est un avis très tranché sur la question et une lecture m’a remis les idées à l’endroit :

Ce qui est profitable pour moi ne l’est pas forcément pour quelqu’un d’autre. Il peut arriver, et il est juste qu’il en soit ainsi, que quelqu’un croie que le prix de certains profits soit trop élevé. Il est permis à chacun de décider du prix qu’il est prêt à payer en échanger de ce qu’il reçoit, et il est logique que chacun choisisse le moment de recevoir ce qui lui est offert, qu’il s’agisse de la vérité ou de tout autre « profit ».

Jorge Bucay, Laisse-moi te raconter les chemins de la vie.

Quoi qu’il en soit, si un jour la question se pose, il existe des dizaines et des dizaines de types de thérapie, de formats, d’écoles, de courants… Aussi certains fonctionneront mieux avec vous que d’autres. Mais il ne faut pas se leurrer, entamer un travail de thérapie avec un spécialiste, ça reste une rencontre.

J’avais commencé à écrire « contrairement au médecin qui… » et puis j’ai suspendu ma phrase. Non, on a besoin de cette relation humaine avec un médecin aussi. On a besoin de lui faire confiance pour lui parler de nos petits tracas pas toujours reluisants et pour prendre un traitement sans remettre en question cette autorité. Quant au médecin, il doit faire preuve d’écoute, qui dépasse souvent la simple prise en compte de vos symptômes. J’aime beaucoup Baptiste Beaulieu, qui dans son blog Alors voilà, raconte souvent les rencontres entre soignants et soignés. On réalise que le métier va bien au-delà du traitement de symptômes. Et c’est peut-être ça un bon médecin, quelqu’un qui voit la personne qui est derrière la maladie.

Digression faite. Or donc, c’est la même chose avec un psychiatre. C’est avant tout une rencontre. ça se passera mal avec certains et avec d’autres ça pourra faire tilt. Une personne saura vous faire vous ouvrir et vous faire cracher le morceau. Morceau dont vous n’aviez peut-être pas conscience vous-même d’ailleurs.

Dans la dernière échappée #47, la libraire de la place des herbes, je vous ai parlé d’un des livres qui m’était très cher : Laisse-moi te raconter les chemins de la vie. Dans une des histoires, Demian, le patient, s’inquiète de sa dépendance à son psy. Celui-ci a cette merveilleuse phrase :

Tu as faim de savoir
faim de grandir
faim de connaître
faim de voler…
Il se peut que je sois
aujourd’hui le sein
qui te donne le lait
et apaise ta faim…
Il me parait formidable que
tu veuilles prendre ce sein aujourd’hui.
Mais n’oublie pas :
ce n’est pas le sein qui t’alimente…
C’est le lait !

Jorge Bucay, Laisse-moi te raconter les chemins de la vie.

Pour moi, la psychothérapie se rapproche beaucoup de l’art maïeutique de la philosophie. Le principe est de vous faire accoucher d’une idée, de vous faire prendre conscience de quelque chose qui bloquait, qui était déréglé, qui vous bloquait en vous faisant parler car la plupart du temps la réponse est en soi.

La rencontre

Un des sujets centraux du film de Cedric Klapisch c’est la rencontre. Enfin dans le cas présent, l’absence de rencontre entre les différents personnages. Ils se croisent mais ne se voient pas. Je crois qu’une des grandes morales du film c’est qu’il faut être bien avec soi pour pouvoir s’ouvrir aux autres, qu’il faut s’aimer soi avant de pouvoir aimer les autres et se faire aimer comme il se doit. Vaste programme !

J’ai aimé cette phrase, dite par la psy de Mélanie, incarnée par l’envoûtante Camille Cottin :

Faire une rencontre, c’est trouver quelqu’un qui a du sens pour vous.

Oui une rencontre, une vraie rencontre, ce n’est pas ce que nous offre les app « de rencontres ». Mélanie teste les applications mobiles qui lui proposent de nombreux profils, qu’elle like, avec qui elle match, et qu’elle voit. Mais comme elle le dit, elle voit l’homme, passe la soirée, voire la nuit avec, pleine d’envie, d’excitation… mais le lendemain plus rien, tout est mort à l’intérieur d’elle. Judicieusement, sa psy lui demande si cet homme lui plait et si c’était une vraie rencontre. Et c’est vrai qu’on a trop souvent tendance à confondre. Une vraie rencontre, c’est quelque chose qui nous surprend, c’est le feeling qui passe, c’est une connexion instantanée qui se crée. Et cela peut être une vraie rencontre amoureuse mais aussi amicale ou professionnelle. Parfois on rencontre des gens et paf ! Il y a quelque chose qui se crée. J’ai en tête plusieurs exemples de ma vie personnelle : dans ma vie associative une jeune femme est devenue en l’espace de très peu de temps une sorte de petite sœur à protéger; ou encore lors d’un séminaire, où j’ai ressenti une profonde admiration envers un grand directeur de ma boite qui a échangé avec moi sur des sujets pro, loin du smalltalk que peut générer ce genre de rencontre, j’en suis ressortie avec l’impression d’avoir rencontrer un mentor. Je repense à tous ces gens avec qui une seule fois suffit pour avoir ce « coup de foudre » ou à ceux qu’on cotoie quotidiennement sans vraiment les voir ou les connaître et un jour (ou un soir) il y a cette conversation qui va tout changer. C’est comme si vous les voyez pour la première fois… et là la mayonnaise prend et c’est le début d’une grande histoire amicale, fraternelle, professionnelle ou amoureuse.

Le droit au bonheur

L’autre thème s’est le droit au bonheur. Quand on se l’interdit, on se prive de toutes les rencontres que nous offre la vie. Comme on le voit dans la bande annonce, les deux psy vont le dire « vous avez droit au bonheur ». Comme si ce n’était pas quelque chose de dû…

Souvent, on s’enferme dans une perte dont on n’a pas fait le deuil. Décès, deuil, départ d’une patrie, perte d’une langue etc… toute forme de perte doit passer par un processus de deuil pour être digérer. Ou comme le dit la psy de Mélanie « le deuil ce n’est pas faire sans, c’est faire avec, sans que ça soit un fardeau à porter ». Bien souvent, on reste coincé dans une douleur liée à une perte. On a ce poids, on le porte et on ne peut pas avancer car c’est bien trop lourd. Alors petit rappel des phases du deuil :

  • choc et déni : on ne croit pas à ce qui vient de se passer
  • douleur et culpabilité : on se sent responsable et on souffre de la perte devenue bien réelle
  • colère : contre l’injustice qui s’abat sur nous
  • marchandage : et si on pouvait changer les choses en faisant quelque chose d’extraordinaire
  • dépression et douleur : bon bah là c’est la partie pas glop
  • reconstruction : on recommence petit à petit à vivre pour oublier le chagrin
  • acceptation : bon bah ok c’est arrivé et c’est triste mais la vie peut continuer

L’acceptation c’est finalement le moment où on accepte de laisser un peu le poids du passé. Oui, il s’est passé un drame, une rupture, une douleur, mais voilà, on a triomphé, on en est sorti, courageusement. Et on a le droit d’avancer, même si on a perdu quelqu’un ou quelque chose. Nous ne sommes pas coupable de ces pertes… une fois qu’on accepte, on peut avancer et s’ouvrir à nouveau aux autres et au monde.

Conclusion

J’ai adoré ce film. Il est très beau dans son histoire, dans son message, dans sa mise en scène. J’ai aimé les contrastes et les ressemblances. J’ai aimé ce ballet entre les deux personnages qui ne font que se croiser.

Ce film est une pépite. Loin du vulgaire feel-good movie, il instille une ambiance lente mais chargée et positive. Avec une bande son finalement assez simple, à part cette magnifique chanson ô combien puissante :

J’en tire plein de très beaux messages d’espoir, d’amour, de confiance dans la vie où on vous incite à ne pas avoir peur de toucher, de vous approcher des choses, des gens, de la vie… Je vous laisserai sur cette poétique citation :

Pour que les deux moi soient nous, il faut que les deux moi soient soi

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