- Catégorie : livre
- Titre : Abigaël
- Autrice : Marie-Bernadette Dupuy
Tout part d’une phrase malheureuse : j’ai qualifié les livres de Marie-Bernadette Dupuy de « romans de terroir » sans en avoir jamais lu. Vous savez, le genre d’a priori qu’on peut avoir sur un auteur ou un titre comme ça, sans raison… Une amie m’a mise au défi cet été d’en lire un pour me faire une vraie idée. Et bien contre toute attente, j’ai plutôt apprécié !
L’histoire
Abigaël, jeune adolescente de 16ans, se retrouve avec sa tante Marie forcée à l’exode comme beaucoup d’autres durant l’automne 1943. Elles sont accueillies chez l’oncle d’Abigaël (du côté paternel) dans les Charentes. A première vue, Yvon Mousnier, sa femme Pélagie, son fils Patrick et sa fille Béatrice ont l’air plutôt désagréable voire franchement hostile à leur arrivée. Mais est-ce que ça ne serait pas une façade ? Et que cachent-ils derrière ces apparences ?
Pour pimenter un peu la chose, Abigaël a un don rare : elle peut soigner par l’apposition des mains et voir des âmes égarées pour les aider à retrouver la lumière et passer dans l’au-delà. Elle est une sorte de messagère de l’entre-deux monde. Et bizarrement, en arrivant dans la vallée, elle sent bien qu’il y a de nombreuses histoires, de lourds secrets, des drames qui pèsent…
Dans une ambiance de Seconde Guerre Mondiale, on mélange du fantastique à la vie rurale dans une vallée isolée et à la Résistance qui pouvait s’y cacher. L’écriture est plutôt plaisante et on cherche à en savoir plus (d’autant que cette histoire se découpe en 6 tomes). On a un petit goût de Bicyclette Bleue à la lecture de ce premier tome. J’ai beaucoup apprécié la partie fantastique avec les dons d’Abigaël… En revanche, elle et sa tante m’ont exaspérée par leur bondieuserie : ça prie à tout bout de champ, ça y va de la pudibonderie et des crises de larme en tout genre… Une furieuse envie de donner des claques à la tante m’a animée de plus en plus fortement à mesure que j’avançais dans l’histoire. Mais le résultat global est plutôt plaisant.
Réfléxions
Juger sans savoir
Comme beaucoup de gens, j’ai été victime de mon jugement à l’emporte-pièce sans savoir de quoi je parlais. En effet, ma catégorisation un peu hâtive des livres de Marie-Bernadette Dupuy en dit assez long sur un phénomène largement partagé dans mon entourage : le snobisme littéraire. On a vite fait de juger un titre à sa couverture, à son titre ou à son auteur. Et parce qu’une forme d’élite rejette des auteurs ou des titres qu’on qualifie de « grand public », on se dit qu’il serait de bon temps que nous soyons nous aussi vindicatif.
Marie-Bernadette Dupuy en a fait les frais. Et plutôt que « romans de terroir » qui a un peu le goût rance d’histoire qui se passe dans un patelin paumé de Creuse (et je peux vous dire que j’en ai l’expérience de ce genre d’endroit !), je qualifierai plutôt de « saga familiale » ces livres. Alors bien sûr ça s’inscrit dans un territoire donné, mais je crois que c’est aussi dans ce genre d’environnement que peuvent avoir lieu les secrets de famille, les embrouilles entre clans etc. Impossible de faire ça dans l’anonymat d’une grande ville à mon avis !
Idem pour l’auteur #1 en France : Guillaume Musso. Peut-être est-ce à cause du milieu dans lequel j’évolue mais il y a une sorte de mépris des livres de Guillaume Musso. Comment expliquer alors les millions d’exemplaires vendus chaque année ? Sous couvert d’avoir vaguement lu une quatrième de couverture il y a 10 ans, on se permet de juger (durement en plus) toute la carrière de cet auteur ! Mais ce n’est pas parce qu’un large public lit que c’est de mauvaise qualité et surtout un auteur peut évoluer !
C’est justement ce qu’a fait Guillaume Musso en passant du fantastique au début de sa carrière au thriller. Sa marque de fabrique reste en revanche le « fast page turner » à l’américaine. Oui, ses livres se lisent vite ! OK le style d’écriture est simple quoi qu’agréable à lire, mais surtout on a envie de savoir la suite. Et c’est cette capacité à mener le lecteur par la trame de l’intrigue qui en fait pour moi un bon écrivain. Combien de fois un bouquin m’est tombé des mains en cours de lecture parce que je m’ennuyais ? Là, on veut aller jusqu’au bout. Peut-être qu’on critiquera après que la fin est tirée par les cheveux ou que ça dégouline de bons sentiments dans le prologue… Mais on nous aura emmené jusqu’au bout ! Et ça, c’est une belle performance !
Donc avant de critiquer un auteur, prenons le temps de le lire pour vraiment en découvrir la saveur et ne soyons pas comme ces enfants qui disent ne pas aimer un aliment sans avoir goûter juste parce que leurs copains n’aiment pas !
Fantastique ou réel ?
Comme je vous le racontais dans la présentation de l’histoire, Marie-Bernadette Dupuy intègre dans l’histoire des éléments fantastiques avec les pouvoir d’Abigaël. Elle a la capacité de soigner par ses prières et de parler aux âmes en peine.
Je suis très portée sur l’ésotérisme qui me fascine. Je crois en effet à certains phénomènes que la science n’explique pas (encore). Les guérisseurs, les coupeurs de feu, les magnétiseurs, les sourciers, les rebouteux… tout ça, moi j’y crois.
J’ai dans mon entourage pu assister à des petits miracles. Simple chance ? Effet placebo ? Plasticité du cerveau qui avec ses pouvoirs peut remettre le corps en état ? Je ne sais pas, c’est pour ça que c’est une croyance et que chacun est donc libre d’en penser ce qu’il veut. Bon perso, j’ai du mal avec les fantômes et les âmes à faire passer, tout comme les gens qui font tourner les tables. Mais encore une fois, c’est là que s’arrêtent mes croyances… peut-être qu’un jour je dirais autre chose !
Le fait est que dans beaucoup de ces situations, il y a une prière à faire. Les magnétiseurs par exemple, ont des prières pour chaque maux que vous pouvez ressentir. Idem avec les prières pour couper le feu ou pour retrouver les objets perdus (merci Saint Antoine de Padoue et Ste Rita pour les causes perdues!). Dans ce que j’ai pu lire, c’était surtout des prières catholiques mais c’est évident qu’il en existe dans toutes les cultures et envers de nombreuses divinités. A vous de choisir la vôtre ! Aussi, rien de surprenant à ce qu’Abigaël soit aussi pieuse.
Sorcière ?
Ce qui m’a amusée dans le livre (enfin j’ai ri jaune quoi), c’est l’engagement des femmes dans la Résistance. Autant, il n’y a pas de problèmes quand les hommes, même jeunes, veulent s’engager, en revanche, si c’est une femme, toute de suite on est moins chaud. Et chaque homme de la famille y va de son avis : le père, l’oncle, l’amoureux, le neveu du frère de la tante par alliance, le voisin etc… et aucun n’est vraiment d’accord. Parce qu’encore une fois, les femmes sont des petites choses fragiles dont la torture serait bien trop dure à supporter. Avoir ses frères d’armes torturés, ça, ça passe mais une femme, ah non ! Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ça serait plus intolérable la torture d’une femme que celle d’un homme ? La torture est juste monstrueuse, peu importe sur qui elle s’applique !
Alors par certains côtés, c’est mignon cet état d’esprit de vouloir protéger les femmes. C’est touchant. Et c’est sans doute ce qui a assuré notre survie pendant bien des millénaires ! Mais à un moment donné, si une femme prend sa décision, bah ça ne regarde qu’elle ! En plus, comme le fait remarquer un des chefs de la Résistance dans le livre : c’est un atout majeur une femme résistante, car on ne s’y attend pas donc on ne peut pas la soupçonner. Maintenant que j’ai dévoilé cette astuce, c’est grillé ! On ne fera plus de bonnes agents doubles ! Damned !
J’ai intitulé cette section « Sorcière » car Abigaël, de par ses dons incroyables, fait peur et sa famille la traite de sorcière. Oui elle a un pouvoir ! Et en plus de cela elle est forte, indépendante et avec du caractère. Cela m’a fait pensé au livre de Mona Chollet sur les sorcières, ces femmes qui ne répondaient pas ou plus aux exigences du patriarcat et qu’on a fait disparaître. Je vous en ferai sans doute une chronique car le sujet est passionnant !
Conclusion
Abigaël de Marie-Bernadette Dupuy est donc une bonne surprise dans l’ensemble ! Tout tourne autour des apparences, des secrets, des faux-semblants. Certains gentils sont en fait méchants, certains méchants sont en fait gentils, les personnages les plus insoupçonnés se révèlent avoir une grande force. Bref, il ne faut pas se fier aux apparences. Et je crois que ce principe s’applique également à ce livre et au travail de Marie-Bernadette Dupuy.
Il est bon parfois de voir plus loin et de ne pas juger un livre à sa couverture !