- Catégorie : livre
- Titre : Rien n’est noir
- Autrice : Claire Berest
Très beau roman qui décline les différentes notes de couleurs de la vie de Frida Khalo.
L’histoire
Dans ce roman, Claire Berest nous raconte la vie de la merveilleuse peintre Frida Kahlo. De ses rêves brisés, de sa carrière, de son amour dévorant et destructeur pour Diego Rivera, de son corps douloureux.
A travers sa vie, c’est sa peinture qu’on nous éclaire…
Réflexions
Destin de femme
Ce qui ressort de ce livre c’est que Frida Kahlo était un petit bout de femme qui n’avait pas froid aux yeux, qui criait fort, buvait beaucoup, n’avait pas peur de sortir du lot mais surtout tenait par la force du caractère.
Victime d’un accident de bus avec un tram, elle se retrouve meurtrie, terriblement accidentée au point de devoir rester alitée durant de nombreux mois. Alors elle rêve et quand enfin elle peut sortir de son corset elle se force à vivre, plus fort.
– Tout est cassé dedans, mais ça ne se voit pas, non ? lui demande Frida.
Rien n’est noir, Claire Berest
Si, ça se voit pense-t-il, ça se voit parce que la force déployée qu’elle met dans chacun de ses mouvements le révèle, parce qu’on n’est pas si obstinée de vivre sans cacher des terreurs, ça se voit, Frida. Alors il dit simplement
– Je te vois, Frida
Cette femme est une inspiration. Car au-delà de sa force face à l’adversité, c’est sa gouaille que je trouve fantastique. Ce besoin de vivre fort…
Si vous découvrir la vie de Frida, une petite vidéo de présentation :
Découvrir l’artiste
Si vous êtes curieux ou fan de Frida Kahlo, je vous invite à découvrir une exploration virtuelle et interactive mise en place sur Google Arts qui présente plusieurs aspects de la vie et du travail de Frida de façon virtuelle (pratique durant cette période. Vous pouvez la visiter via ce lien.
Et malheureusement, le temps que je vous écrive, l’expo photo à la Galerie de l’instant s’est terminée mais elle présentait des clichés de la photographe Lucienne Bloch, amie de Frida, retraçant des moments de vie de la peintre. Vous pouvez retrouver quelques clichés sur le site de la galerie ainsi que le catalogue de l’expo en vente.
Adaptation de l’histoire
Bien sûr, c’est romancé. Mais c’est terriblement bien écrit. J’avais de vagues souvenirs du film avec Salma Hayek qui interprétait le rôle de Frida. C’était donc l’occasion de redécouvrir son histoire.
Comprendre l’art
Ce qui m’a plu dans ce roman également c’est qu’on nous décrit certains des plus célèbres tableaux de Frida Kahlo. Inscrits dans l’histoire de la peintre, ils prennent d’autant plus de sens, même si, d’après Claire Berest ce n’est pas l’intention de Frida :
Quand les gens décèlent des sens cachés dans ses tableaux, ça la fait rire, comment ne pas les décevoir, elle peint juste ce qu’elle voit.
Rien n’est noir, Claire Berest
Que ce soit ses fausses couches, le suicide d’une de ses amis, son amour, sa famille, elle-même, tout vient alimenter sa peinture.
J’avoue apprécier cette partie car c’est souvent ce qui me manque face à certaines œuvres. Bon quand on est sur du bon figuralisme, ou même avec de l’impressionnisme, c’est assez facile. On a peut-être pas l’intention de l’artiste mais au moins on comprend de quoi ça cause. C’est moins le cas sur de l’art contemporain et il faut parfois le contexte et l’explication pour vraiment savourer une pièce. Personnellement, sans ça, je me sens limitée à l’émotion que ça provoque. Est-ce que j’aime ou pas ?
Je sais que c’est une des quêtes de l’art « provoquer de l’émotion » mais je trouve certaines œuvres bouleversantes quand on en donne les clés de compréhension.
J’ai souvenir par exemple d’une œuvre à Pompidou : Infiltration homogène pour piano à queue par Jospeh Beyus. C’était un piano à queue enroulé dans du feutre (ce qui le rendait méconnaissable, on ne voyait que la forme) avec dessus une grosse croix rouge. De prime abord, je serais passée à côté sans trop m’y arrêter. Oui mais voilà, j’ai pu bénéficier d’une visite avec une guide/médiatrice culturelle qui nous a donné la symbolique : cela évoquait le scandale du Thalidomide qui avait été utilisé par des femmes enceintes dans les années 50 en Allemagne qui provoquaient des malformations des foetus. Le piano représente la difformité des enfants ainsi nés et il est enroulé dans du feutre pour cacher, pour étouffer le son et donc en image étouffer l’affaire, le scandale. Quant à la croix rouge et bien c’est pour signaler le danger et en même temps y associer la notion de santé.

Beuys Joseph (1921-1986)
Paris, Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle
Beaucoup d’œuvres comme celle-ci méritent des explications pour qu’on les apprécie mieux, qu’on les comprenne mieux. Je pense à celles de Magritte par exemple. Et quelque part à celles de Frida Kahlo aussi. C’est pour moi la preuve qu’on a besoin de guide, de médiation, de personne pour nous accompagner dans ce cheminement.
A tous ceux qui rétorquerait que l’art ne doit pas se comprendre mais se ressentir, je répondrais : oui mais pas que. Ceci sera l’objet d’une dissertation de 12 pages minimum rendues suite à l’examen complet du sujet « qu’est-ce que l’art ? ». Ne me cherchez pas, je l’ai déjà fait pour des concours (mea culpa auprès des correcteurs qui ont dû se taper le pavé à lire !).
Conclusion
Je ne suis jamais trop fan des bio, encore moins d’artistes car je me sens assez étrangère à tout ça. Toutefois, j’ai aimé l’écriture de Claire Berest dans ce roman. J’ai trouvé savoureux de titrer les chapitres avec des noms de teintes et de couleurs, ce qui venait souligner ce qui allait se passer. Un très bon roman qui mérite d’être lu.