Echappées, Expo, Musée

Echappée #7 : Back side – dos à la mode

  • Catégorie : musée / expo
  • Titre : Back Side – dos à la mode
  • Musée : Musée Bourdelle

Aujourd’hui j’ai pu passer une douce après-midi dans le musée Bourdelle pour admirer l’exposition hors les murs du Palais Galliera. Bien connu pour ses magnifiques expositions de vêtements et costumes, le Palais Galliera n’a pas failli à sa réputation avec cette expo dans l’intimiste musée Bourdelle, niché au cœur de Montparnasse, là où on ne s’attend pas à un tel havre de paix.

Crédit : C.Tardy

L’exposition : avis

L’expo est vraiment très belle avec de magnifiques pièces de tout genre. Elle présente de façon ludique de nombreuses réflexions autour du dos dans la mode mais également dans l’aspect psychologique, politique et social. La preuve dans la deuxième partie de cet article qui reprendra principalement ce que j’en ai retenu (et j’en ai retenu beaucoup !).

Ce qui est intéressant dans la présentation, c’est que de nombreuses œuvres et travaux de Bourdelle sont mis en scène autour des tenues présentées. Mise en abîme ou opposition au concept du vêtement… C’est malin et très esthétique. Je ne suis pas une grande fan de sculpture alors présenté comme ça, ça passe.

Crédit : C.Tardy

Je ne vous cache pas que j’ai eu un peu de mal sur la vraie partie Bourdelle du musée… Mais encore une fois une histoire de goût personnel. En revanche, force est de constater que le lieu est tout simplement éblouissant. C’est immense, lumineux et en même temps charmant, nichée dans un écrin de verdure. Insoupçonnable à Montparnasse !

J’allais un peu à moitié à reculons à cette expo du fait de la sculpture mais ça a finalement été un régal pour les yeux et pour le cerveau !

Back side : dos à la mode – réflexion

L’exposition « Back Side – dos à la mode » traite d’un sujet fort original : le dos. Au début de l’exposition, le ton est directement donné avec un couloir rempli de photos de défilé de mode de divers créateurs. Toutes de FACE… Et le message est clair : les défilés sont maintenant réduits au portrait en pied, pris en photos de face alors pourquoi s’embêter avec le dos ? Pourquoi réfléchir à la conception du dos ? A-t-il un rôle à jouer et faut-il s’en préoccuper ?

Avoir bon dos…

Pourtant, l’intérêt qu’on porte malgré soi au dos est indéniable. Déjà par la symbolique qu’on lui donne : il est celui qui porte, celui sur lequel on s’appuie… mais pas que. Pensez à ces expressions bien connues de la langue française : en avoir plein le dos, parler dans son dos, porter la misère du monde sur son dos, avoir bon dos, tourner le dos à quelqu’un, se mettre à dos quelqu’un, faire le gros dos…
C’est fou quand même toute la symbolique qu’on met sur une simple partie du corps ! Et je ne vous parlerais du mal de dos psychosomatique d’un réel ras-le-bol quand on en a vraiment… plein de le dos

Alors, simple partie du corps ? Vraiment ?
Le dos est la seule zone difficilement accessible et atteignable par son propre regard et ses propres mains. Partie la plus large et la plus plane du corps, elle supporte l’essentiel du corps et pourtant elle reste inatteignable par son propre propriétaire.

Je vous parlais de ce long couloir de portraits sur pied des mannequins. J’ai été encore plus frappé par un vêtement du XVIIIème siècle magnifiquement brodé, incroyable de finesse devant avec un dos simple en toile ou en coton sans aucun apparat derrière. Clairement, on s’en fout du dos du moment que ça claque en façade !

Mais ça, des créateurs et artistes ont commencé à s’en emparer et c’est là que ça devient intéressant.

La revanche du dos

En effet, très vite le dos devient une zone avec laquelle s’amuser. Elle est comme je le disais très grande et plane. Au fil des siècles, on s’amusera à le dénuder, à le rhabiller, pour mieux le montrer par la suite.

J’ai beaucoup aimé la robe portée par Mireille Darc dans Le grand blond à la chaussure noire. Cette robe noire très austère devant, totalement fermée jusqu’au cou avec de grande manche, révèle derrière un immense décolleté plongeant, laissant même apparaître le haut de la raie des fesses parfaites de l’actrice. L’anecdote comme quoi Pierre Richard a découvert ce fameux dos uniquement sur le tournage et que sa réaction filmée est totalement spontanée m’a fait sourire :

Cette robe était faite par le créateur Guy Laroche et était pour l’époque ultra novatrice car on ne se montrait pas aussi dénudée. Et il faut reconnaître que l’opposition entre l’austérité du devant et la sensualité du dos est hyper réussie.

Dans le même genre mais pas totalement identique, une magnifique robe très simple de devant mais avec toute une broderie dans le dos qui mettait joliment en avant la naissance des fesses du modèle. Le regard est attiré par le motif des arabesques jusqu’à rosir en découvrant où ça l’a mené !

Se mettre à dos

Le dos, de part sa surface, va devenir également un merveilleux espace de prise de parole et donc de publicité. Du nom de joueurs, en passant par des accroches publicitaires, le dos des vêtements permet effectivement de montrer son appartenance à un clan ou faire passer des messages, parfois malgré soi.

On repensera avec effarement à la bourde médiatique de Mélania Trump lors de sa vite dans un camp d’enfants réfugiés à la frontière mexicaine où elle arborait un manteau avec l’inscription « I really don’t care, do you ? » (je m’en fous totalement, pas vous ?). Provoc ou simple bêtise ? Elle affirmera avec aplomb que c’était un message aux journalistes pour qu’ils s’intéressent plus à ses initiatives qu’à ses vêtements. Le fait est que lorsqu’on est Première Dame des Etats Unis, ou tout simplement une personnalité publique, le choix des vêtements, les messages qu’ils véhiculent ne sont pas anodins… La preuve avec sa seconde bourde en Afrique avec un casque aux allures colonialistes… On ne peut pas simplement se cacher derrière le fait que c’est « joli » pour le coup.

crédit : CTardy

Je crois en effet que la portée des vêtements est beaucoup plus symbolique qu’on ne veut bien l’admettre dans le quotidien et encore plus dans la vie publique. Ce n’est pas pour rien si on exige une certaine tenue lorsqu’on est fasse à une clientèle, ou que l’uniforme a le don de gommer les différences sociales de ceux qui les portent. Encore que avec de bons accessoires, on peut tout de suite faire la différence…

Le vêtement en tout cas est indéniablement un marqueur social : clan des Harleys Davidson, message au monde avec la tête de Bob Marley, soutien à une équipe avec le nom de son joueur préféré… On arbore fièrement ses convictions dans le dos !

Griffe sur le dos

J’ai été aussi amusée par un couturier qui a fait le choix de ne pas afficher sa marque en évidence. En effet, sa démarche était que trop de gens achètent une marque plutôt qu’un produit réellement dans le sens où on veut parader avec du Chanel, du Versace et on veut que ça se sache, même si la pièce est moche et ne nous plait pas. On aime l’image que ça renvoie et le message, le symbole que ça contient. Effectivement, n’importe qui un peu au courant reconnait le double C de Chanel, le monogramme LV pour Vuitton, le DG de Dolce & Gabana… Bref, on reconnait la marque et on y met toute la légende autour en un clin d’œil.

Là, la marque est à l’intérieur du vêtement, l’étiquette est cousu pour n’être visible qu’à l’intérieur. A l’extérieur, sur le dos, on ne voit que les croix des points de couture, seuls éléments reconnaissables de la marque. Et dans ce cas-là, seuls les vrais, les aficionados reconnaissent un vêtement de son créateur. Le commun du mortel ne peut pas identifier cette pièce si rare…

Bon ça marche tellement bien que je n’ai pas retenu le nom du gars et impossible de retrouver par une recherche Google « créateur mode étiquette invisible dos »… je suis tombée dans les limbes d’internet sans retrouver son nom. Si vous reconnaissez le couturier en question par ma description, n’hésitez pas à me redonner le nom, ça fera plus sérieux !

Mais la preuve est faite ! Le dos d’un vêtement est un vecteur puissant pour afficher sa marque, être connu et reconnu car mémorisé !

Faire des choses derrière son dos

J’ai été fascinée aussi par la section consacrée au mode de fermeture des robes. C’est fou l’ingéniosité qu’on met à cacher sur le devant les fermetures…et aussi le profond sadisme des concepteurs dans les méthodes pour fermer ces maudits vêtements !

Qui ne s’est pas retrouvé à se contorsionner (terme poli et gracieux pour décrire plutôt le tortillement dans tous les sens tel un pauvre vermicelle) pour fermer une fermeture éclair? ça part du bas du dos (là ça va), jusqu’en haut (là ça va aussi) en passant par le passage délicat des omoplates (et là c’est la cata !). N’a pas la souplesse yogie qui veut !

Et là, encore, c’est le modèle sympa… je ne vous parle pas des millions de petits boutons ou les lacets à faire dans le dos ! Pas de doute, il faut une femme de chambre ou une habilleuse pour arriver à enfiler ses tenues qui sont certes sublimes mais pas tellement pratiques à ôter en solo.
Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est pour que Monsieur nous déshabille en fin de journée : le zip ça va, attendez de voir sa gueule et l’état de sa patience avec une boutonnière de dizaines de petits boutons… Au pire il fait tout sauter en arrachant violemment le vêtement de vous, au mieux, l’envie se sera grandement émoussée après de laborieuses minutes de minuties… Bref, il n’y a pas à dire, c’est un truc de sadique !

La preuve en est avec le bustier de Jean-Paul Gautier se terminant par une cagoule quasi intégrale, que personne ne peut enlever seul… Jamais !

En avoir plein le dos

Enfin, le dos après avoir été caché ou dénudé au gré des modes a également été chargé aussi avec des sacs à dos par exemple. On oublie trop souvent que cet accessoire qui a marqué notre adolescence comme une partie intégrante de notre look (EastPack 4ever) est issue de la mode (comme tout le reste me direz-vous !). Un créateur un jour à eu l’idée de mettre le sac à main dans le dos. Bingo, l’idée a pris !

Bon après, il y a des créateurs qui ont un peu craqué et qui ont commencé à mettre des rembourrages de façon à rendre difforme celui qui portait le vêtement, ou carrément à rajouter un deuxième corps pour faire semblant de porter quelqu’un sur son dos…C’est là que ma compréhension de la mode et du beau ont décidé de s’arrêter. Veuillez excuser mon étroitesse d’esprit !

En revanche, et là j’ai adoré, il y a avait une magnifique robe avec des ailes en plumes, comme pour imiter un oiseau ou un ange. Et là c’était sublime. J’imagine que c’est de là qu’est partie l’inspiration pour les défilés Victoria Secret avec ses Angels…

Et pour refaire le lien avec les sculptures de Bourdelle dans l’expo, on avait une superbe sculpture d’aigle en arrière plan rendant la mise en scène vraiment extraordinaire !

Conclusion

C’était beau, c’était intéressant, ça fait réfléchir, c’était ludique, c’était enrichissant ! Bref, n’hésitez plus. Pas besoin d’être un fana de mode pour apprécier ces superbes pièces ni un mordu de sculpture pour y trouver son compte. L’expo dure jusqu’au 17 novembre 2019 alors allez-y !