- Catégorie : théâtre
- Titre : Switch
- Lieu : Le Trianon
- Acteurs : Simon Astier et la troupe de l’Eurocorp
Cette semaine a été placée sous le signe de l’improvisation. En effet, je suis allée lundi voir un match d’impro de l’équipe de France (championne du monde, oui Madame !) VS Québec pour les 10 ans d’impro à la CIgale, et hier, c’est le match d’improvisation interactif Switch de Simon Astier et de la troupe de l’Eurocorp que j’ai pu savourer.
Ceux qui me connaissent savent que j’aime beaucoup ce genre de théâtre. Mais laissez-moi vous en conter un peu plus.
Le principe du match d’impro
Les matchs d’improvisation nous viennent du Canada, du Québec en particulier. Des comédiens de théâtre d’impro se désolaient que le public ne viennent pas plus voir des spectacles. Alors ils ont décidé de s’inspirer du sport national canadien pour créer un nouveau format : le hockey. De là est né le match d’impro. Au programme : 2 équipes composées de 4 à 6 joueurs avec un coach (optionnel mais si on est rigoureux…), 2 mi-temps de 45 minutes, un arbitre et 2 assistants d’arbitre. Et pour animer le tout un Maître de cérémonie (MC) et un DJ musicien.
Durant chaque mi-temps, l’arbitre annonce le thème de l’impro (le sujet), le type d’impro (comparée ou mixte), le nombre de joueurs sur scène, la catégorie de l’impro et la durée que devra faire l’impro. Dans le cadre d’une impro mixte, les deux équipes jouent ensemble en envoyant chacune au début de l’impro un joueur sur scène. Pour une impro comparée, les deux équipes vont présenter chacune à leur tour leur interprétation du thème donné. Les catégorie d’impro sont des contraintes : à la manière d’un film de capes et d’épées, rimée, sans parole, à la manière d’un thriller, comédie musicale etc.
A l’issue de l’impro, l’arbitre demande au public de voter pour son équipe préférée.
Il existe de nombreuses règles à l’impro qui peuvent amener l’arbitre à siffler des fautes (un peu comme le hors jeu au foot, ou le en-avant de rugby… ne me demandez pas je ne sais pas de quoi je parle niveau sport !). Il y a des fautes de ralentissement de jeu, lorsque vous ne faîtes pas avancer l’histoire, de cabotinage, quand vous tirez la couverture à vous ou que vous faites référence à des impros passées, de rudesse, quand vous imposez à un joueur quelque chose etc…
Les 10 ans d’impro à la Cigale
Respect du décorum
Le match de lundi était un match dans la plus pure des traditions. Déjà à l’entrée , on vous distribue un carton pour voter mais également un chausson (on peut également vous donner des chaussettes) qui seront à lancer sur l’arbitre ou pendant le match si quelque chose ne vous convient pas.
Ensuite, le « décorum » du match d’impro était connu et respecté par le public. Par exemple, à l’entrée de l’arbitre, le public le hue car il incarne le méchant du match. Egalement quand il annonce la durée de l’impro, le public s’exclame à chaque fois (et quelque soit la durée annoncée) : « X minutes? oh la la c’est looooong ! ». Ou lorsque l’arbitre annonce une comparée et lance un palet pour déterminer quelle équipe va commencer, il faut crier « On voit rien » car de fait on est loin pour voir le palet et selon si l’équipe de prendre la main ou de la laisser, vous devez crier « Quel courage ! » ou faire un bruit de poulet…
Et le match alors ?
La première partie a été très laborieuse à mon gout. Je vois beaucoup de théâtre d’impro depuis de nombreuses années ce qui me rend peut-être sévère. Mais à part quelques vannes bien placées, on ne comprenait pas certaines impro, ça tombait un peu à plat sur d’autres…
En revanche, une belle deuxième partie où les deux équipes étaient plus en feu. J’ai adoré l’impro à la manière de Philippe Catherine. Là on voit toute l’importance du DJ musicien qui va presque être un joueur supplémentaire dans le match. C’était hilarant et bien trouvé. Idem la comédie musicale de fin était éblouissante ! Je trouve cette catégorie (avec la rimée et la chantée) la plus difficile à réaliser. Alors bravo !
La difficulté de l’impro et du match d’impro en particulier c’est que ça reste une sorte de sport. Et comme tout sportif, vous aurez des matchs avec et des matchs sans. Parce que vous ne pouvez pas vous reposer sur un texte, qui même un soir de grosse fatigue, vous permet de garder bonne figure. Là si vous êtes à sec, vous êtes à sec…
C’est d’ailleurs ce que le public vient voir à l’impro. Il aime que les acteurs soient sur la corde raide, prêt à se casser la gueule. Un spectacle d’impro trop bien huilé, disons-le clairement, on s’emmerde. Car étant de l’impro, le texte ne peut pas être aussi ciselé que dans une pièce écrite, ce qui en fait donc du mauvais théâtre mais étant bien huilé, par des mécanismes ou des séquences ou des schémas trop répétés, il perd de ce côté hasardeux et dangereux. Le public veut voir du danger ! On aime sentir la mise en difficulté de l’acteur car on veut le voir se redresser à la dernière minute. C’est cette haute voltige qu’on vient voir.
Switch
Dans Switch, le décorum était respecté avec une patinoire (zone de jeu), des joueurs, un arbitre, un MC, un DJ, des impros mixtes ou comparées, des catégories, des thèmes etc. On sentait que le public était moins branché impro pure et dure et l’arbitre saoulé par le décorum du match classique.
Mais la particularité de ce match, c’est que les joueurs mais aussi l’arbitre pouvaient activer un « switch » à chaque mi-temps. Le switch permettait alors de changer d’impro ou de rajouter/enlever/changer une contrainte. Cela a permis par exemple de ne pouvoir avoir aucune faute sifflée par l’arbitre. C’en est suivi un joyeux n’importe quoi avec du cabotinage, des sorties de patinoire… bref du délire !
Ce qui était très sympa, c’est qu’il fallait voter par sms et qu’on ignorait qui gagnait l’impro.Il fallait attendre la fin du match pour le découvrir.
Simon Astier et les autres joueurs (tant Français que Québécois) ont tout simplement été exceptionnels du début à la fin. C’était incroyable ! J’ai ri à chaque impro, j’ai été surprise souvent.
Bref un spectacle génialissime.
Conclusion
Comme vous le voyez, les matchs se suivent et ne se ressemblent pas. Sans mettre nécessairement le niveau des joueurs en cause (bien qu’Astier et sa troupe soient vraiment des dieux de l’impro !), il faut accepter d’avoir des matchs inégaux. Un peu comme en sport où votre équipe qui vous a fait avoir des paillettes dans les yeux vous sert un match tout mou où il ne se passe rien avec des actions toutes pourries. L’impro ça peut être ça aussi…
Je vous recommande en tout cas vivement de découvrir en vrai le match d’impro et si vous avez l’occasion de voir un match de la troupe de Simon Astier car ils m’ont rarement déçue !