- Catégorie : concert
- Artiste : Vincent Delerm
- Lieu : La Cigale
Alors j’avoue, moi Vincent Delerm, j’avais le souvenir d’un chanteur à textes à moitié dépressifs (les textes, pas le chanteur… quoi que des fois avec sa voix, on peut se demander…). Et c’est vrai que je n’aurais pas été de moi-même à ce concert. Mais quel bonheur d’y avoir été !
Vincent Delerm, un artiste poète
Je savais que la plume de Vincent Delerm est plutôt poétique. Je ne suis pas fan de sa voix que je trouve traînante et peu enjouée. Mais par contre ses textes sont très beaux. J’ai eu un coup de cœur pour la chanson « Je ne veux pas mourir ce soir » que je vous partage ici.
A part vous inviter à écouter sa playlist, je ne peux pas dire grand chose de plus sur la beauté de ses textes. Les verres ne sont pas forcément ciselés comme d’autres artistes, les paroles sont souvent décousues et ne racontent pas vraiment d’histoire mais je trouve que ça donne une belle ambiance avec la musique. J’avoue je suis fan de son instrumentation.
Spectacle Panorama
Dans ce spectacle, c’est la mise en scène qui est vraiment superbe avec un gros travail sur la vidéo réalisé au Studio Cent Quatre. On a donc un Vincent Delerm, seul sur scène, réfléchissant à la mise en scène de son spectacle. De belles projections vidéos, de la jolie lumière, le tout donnant une douceur, une poésie à ce moment féérique.
Pour vous donner un peu l’inspiration du spectacle :
Réflexion
Ce que j’ai aimé dans ce concert, outre la belle mise en scène, c’est toute la réflexion qu’il peut y avoir autour du temps qui passe dans ses textes.
J’ai trouvé une sorte de nostalgie ou de douceur et de contentement de toute ce qui a été accompli. Par exemple dans la chanson « Vie Varda », le message est de profiter de la vie, de prendre toutes les petits plaisirs qu’elle offre, sans chercher la compétition, la réussite à tout prix… juste profiter des instants précieux.
Si je peux dormir avec toi
Vincent delerm – une vie varda
Si je peux t’aimer dans le froid
Si je peux jusqu’à la fin des temps
Si je peux te photographier
À Lisbonne un matin d’été
Si je peux encore un instant
C’était étrange aussi de voir cet artiste après toutes ces années. Je l’ai découvert à l’adolescence donc il y a une bonne quinzaine d’années. Et c’est amusant de voir qu’il a un public fidèle après toutes ces années qui entonnent tous ses refrains. Vincent Delerm a aussi un regard critique sur ses chansons en disant « à cette époque là ça passait mais maintenant c’est très limite comme parole ». Ou alors aussi quand il change le refrain d’une chanson où il n’est plus question de trentaine mais plutôt de quarantaine car oui, tout le monde dans la salle s’est bien pris 10 ans dans la gueule. Mais ce n’est pas grave. On sent un homme qui a du coup construit des choses, une famille, profiter de plein de choses…
J’aime aussi la sensibilité du chanteur. Nous avons eu cette conversation avec l’amie qui m’accompagnait. Nous apprécions cette sensibilité, sans être rare, trop souvent cachée chez les hommes. J’ai par exemple aimé ces quelques verres de la chanson « Pardon les sentiments »
Tellement je connaissais le règlement
Vincent Delerm – Pardon les sentiments
Caché songe, garçon glacé, glaçant
Pardon les sentiments
Pardon les sentiments
Comme si il fallait que les hommes cachent leurs émotions, se montrent froids et distants, forts, courageux et inatteignables. Et finalement, c’est au détriment des sentiments. J’aime qu’il demande pardon à ses sentiments. Comme si il reconnaissait l’erreur dans tout ce qu’on a pu lui apprendre en tant qu’homme.
Il y a une vraie réflexion en ce moment je crois sur la masculinité. Je pense qu’il ne doit pas être simple d’être homme désormais. Les femmes ont changé, la société a changé, les attentes vis-à-vis d’un homme aussi. Et eux ont reçu une éducation plutôt traditionnelle, je crois. Certains remettent plus ou moins facilement cet apprentissage en question. Mais je pense qu’il est toujours difficile de se libérer de ces biais inculqués durant l’enfance : un garçon c’est fort, ça pleure pas, ça montre pas quand ça a mal… Pas évident désormais de laisser sortir ça.
Je pense en plus que les femmes ne sont pas non plus très au clair sur ce qu’elles veulent chez un homme. Il faudrait qu’il soit intelligent, drôle, gentil, prévenant, mais pas rempli de cette fausse galanterie qui nous horripile, musclé sexy et sportif mais courant les théâtres, proche de ses sentiments mais sachant garder la tête froide en toute situation, gagnant sa vie mais prêt à tout arrêter pour s’occuper de sa famille, avec la niaque mais humble, fort mais tendre, doux mais un peu sauvage… Comment voulez-vous qu’ils s’en sortent ?
La faute a toutes ces séries américaines et téléfilms de Noël qui nous ont montré des stéréotypes d’hommes « parfaits »… A part chez Gilette, où la perfection est au masculin, on ne peut pas retrouver tout ça chez un homme à mon avis. Ou si vous avez trouvé cet homme, gardez-le bien précieusement, et si vous êtes cet homme, et que vous êtes célibataire, mon numéro est le 06…
Exceptionnellement, je ne vais pas poursuivre plus ce sujet et je vais faire du teasing pour le prochain article que je suis en train de préparer car nous aurons l’occasion de reparler de ce sujet-là lors de ma prochaine échappée.
Conclusion
Vincent Delerm travaille sur la nostalgie, la vie apaisée qu’on regarde avec maturité, comme si l’âge permettait d’avoir un regard apaisé sur les tumultueuses années de jeunesse. C’est beau, c’est doux, c’est poétique.
Bref un bel album à écouter