- Catégorie : série
- Titre : Mixte
- Casting : Léonie Souchaud, Lula Cotton Frapier, Pierre Deladonchamps
Voilà une petite série que j’attendais de voir et qui m’a beaucoup plue. Rafraîchissante au possible, elle peut parler à toutes les générations.
L’histoire
1963, le Lycée Voltaire va accueillir pour la première fois de son histoire des filles. Elles sont 11 pour une centaine de garçons. Comment la rencontre, l’accueil et l’intégration va-t-elle se passer ? C’est tout le sujet de cette série.
Ce que j’aime dans cette série française, c’est déjà de ne pas connaître les acteurs. Je trouve ça toujours pénible de se dire « ah tiens, c’est celui qui jouait machin dans la série truc ». Ensuite, je trouve que c’est très amusant et léger comme série. Et vous vous en doutez, si je vous en parle, c’est qu’elle va bien au-delà de cette fraîcheur… On y parle place des femmes, homosexualité, indépendance…
Réflexions
Portraits de femmes
Bien évidemment, au cœur de cette série, c’est la place de la femme qui est questionnée. Une femme a-t-elle besoin d’aller au lycée et avoir son bac pour vivre ? Après tout, son destin se limite à trouver un mari, à tenir un logis propre et à construire une famille. Pourquoi vouloir plus ?
On va donc avoir des personnages féminins très intéressants : Mademoiselle Couret est par exemple séparée de son époux, et en cours de divorce. Elle est prof d’anglais pour « payer » sa liberté et son indépendance. Mais il faut savoir qu’elle est encore dépendante de son mari car ce n’est pas avant 1965 qu’une femme peut travailler et avoir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari. Donc tout dépend de cette relation complexe.
Michèle est une des jeunes lycéennes qui intègre Voltaire. Son frère Jean-Pierre est à la fois très distant et très protecteur. Plutôt ennuyé que sa sœur soit dans son lycée, il garde ce rôle du gentleman protecteur de l’honneur de la famille. Michèle, elle, veut prouver qu’elle vaut autant que les garçons, et qu’elle ne va pas se cantonner dans son rôle de jolie poupée de porcelaine sage.
Annick, quant à elle, cherche à mener son bout de chemin, obtenir son bac en ayant les meilleures notes possibles. Elle veut sortir de sa condition et la voie des études est l’option qu’elle choisit. Elle ne veut pas dépendre d’un homme.
La place de la femme
Ce qui est amusant, et ce qui résonne encore trop aujourd’hui, ce sont les petites remarques sexistes. Typiquement, on redoute que les filles soient responsables de la baisse des résultats des garçons. Elles seraient des distractions. Le maquillage est de la provocation. Et il est indispensable d’avoir une tenue correcte pour ne pas aguicher ces jeunes hommes.
En effet, l’idée que la tenue puisse déclencher des actes sexuels n’est pas nouvelle. En 2018, l’Université du Kansas a monté l’exposition « What were you wearing » mettant en avant les tenues que portaient les victimes de viol ce jour-là. Une façon de montrer que non, elles n’étaient pas nécessairement vêtues de façon provocante.
On en revient comme bien souvent à cette réflexion que ça devrait être aux femmes de faire attention, de réfléchir à l’impact de leur attitude, de passer inaperçues. Et pas aux hommes de changer de comportement, d’être éduqués pour savoir se contenir.
Une des remarques des actrices de la série en interview me fait quand même mesurer ce propos : 1963 ce n’est pas si loin que ça finalement. Notre génération n’a peut-être plus la patience d’attendre, mais il faut bien réaliser que ces réflexions avaient encore cours lors de l’éducation de nos parents…
La sexualité
A l’adolescence, on passe tous par ce moment gênant du cours d’éducation sexuelle où des infirmières scolaires, bien souvent au look de vieille fille, tentent de nous expliquer comment mettre un préservatif et nous parlent de la vie sexuelle. Durant cet âge ingrat des premiers émois où les hormones bouillent, la gêne infinie que peut provoquer ce genre de discussion ouverte en classe questionnent le format de ces cours.
En revanche, on comprend bien à travers cette série toute l’importance que revêt ce genre de cours. Et je reste convaincue que la pédagogie est indispensable ! En effet, jusqu’à il y a peu, la parole restait assez fermée autour de la sexualité. Les jeunes femmes ne la découvraient que le soir de leur mariage avec toutes les angoisses et projections qu’elles pouvaient avoir. Pour les hommes, c’était un peu différent… Ils avaient le droit d’avoir des aventures sans conséquences.
Enfin sans conséquence… Pas à tous les coups ! La vente de contraception n’est autorisée qu’à partir de 1967 avec la Loi Neuwirth. Et l’IVG n’est légale qu’en 1975 avec la loi Veil… Le corps des femmes ne leur appartient pas tout à fait en 1963. Et donc les risques de grossesses n’ont désirés sont importants.
Un passage m’a particulièrement horrifiée. Une jeune fille doit consulter pour une urgence gynécologique. Vous vous doutez qu’elle n’est pas vierge et surtout pas mariée. Elle a fait une fausse-couche. Le médecin est tout simplement odieux avec elle en la faisant culpabiliser à mort. De quoi vous dégoûter du contact avec l’autre sexe. En plus de devoir garder le secret auprès de sa famille qui la renierait (ce n’est pas extrêmement bien vue d’aller se taper des hommes en dehors du mariage), elle doit faire face à la honte qu’on lui tartine bien gentiment. Heureusement, des femmes sont là pour limiter la casse.
Encore aujourd’hui, l’avortement est un parcours du combattant tant administratif qu’émotionnel. Nombre de témoignages font part des remarques déplacées de certains professionnels, souvent faisant remarquer que l’IVG n’est pas un moyen contraceptif. Oui mais une grossesse sous stérilet ça existe, connard !
Cela retombe encore une fois sur le dos des femmes. Personne ne pense à incendier le mec qui n’avait pas mis de capote ce jour-là, ou qui tout simplement n’a pas à s’emmerder à gérer au quotidien la contraception… Est-ce qu’ils penseraient bien tous les jours à prendre leur petite pilule, eux ?
Homophobie
Les années 60 ne sont pas réputées pour être les plus progressistes ! Les choses bougeront après. Que ce soit au niveau des femmes mais également des homosexuels.
Il faut rappeler que l’homosexualité a été considérée comme une maladie mentale par l’OMS jusqu’en 1991. On dit souvent que la dépénalisation de l’homosexualité en France date de 1982. Pour être exact, à cette date, on abaisse la majorité sexuelle à 15ans comme pour les hétérosexuels. L’homosexualité n’était plus censée être pénalisée depuis 1791.
Reste que ce n’est pas bien vu par la société. Et les homosexuels doivent se cacher, n’exprimer leur réalité qu’à couvert de la nuit… Les réactions homophobes sont violentes. Certains passages sont assez durs à ce niveau et montre la peur qui pouvait régner si ce secret venait à être révélé.
C’est pourquoi de nombreux homosexuels faisaient des mariages par convenance pour faire comme monsieur/madame tout-le-monde et ne pas être suspectés.
La place de la jeunesse
L’analyse comme quoi la révolution ne se fait pas par les adultes dans les années 60 est assez confirmée dans la série. Tout juste on aura les moins réfractaires au changement côté homme. Même les femmes ne se révoltent pas du système. Elles essaient de se couler dans les zones grises laissées par cette société mais en aucun cas de changer les choses.
Non, la vraie révolte viendra de la jeune génération, bouillante de liberté ! Ce sont ces jeunes filles qui vont remettre en cause le système patriarcal qui leur impose le silence et la discrétion. Ce sont elles qui font bouger les lignes dans les mentalités des jeunes hommes qu’elles côtoient. Ce sont elles qui vont faire mentir les clichés.
Conclusion
Une série très chouette à regarder. Elle résonne terriblement avec le présent, preuve que les choses ne sont pas encore tout à fait régler dans notre société mais que l’évolution est en marche depuis les années 60.
Les acteurs y sont très bons, très sincères et mérite d’être connus et reconnus. J’ai hâte de voir si il y aura une autre saison, afin de suivre les destinées de chacun de ces lycéens.