Série

Echappée #79 : Solos

  • Catégorie : série
  • Titre : Solos
  • Casting : Anne Hathaway, Uzo Aduba, Dan Stevens, Morgan Freeman, Anthony McKie

Si je devais choisir LA série 2021 qui m’a vraiment marquée, je choisirais sans hésiter celle-là. Petite bombe dans mon univers, elle m’a totalement bouleversée ! Et pourtant j’ai mis du temps à vous en parler…

L’histoire

On ne sait pas très bien quand situer le déroulement de ces épisodes, relativement indépendants les uns des autres. Mais les éléments technologiques nous les placent sans conteste dans le futur ou dans un monde dystopique. Robot, processus de récupération de la mémoire, voyage dans le temps et dans l’espace; toute la SF y est !

C’est pourtant loin d’être l’élément central de cette série. En effet, la science n’est là qu’en support, comme décor. Non, la vraie force de cette série c’est que chaque épisode met en scène un personnage et un seul. Un unique acteur ou une seule actrice, face caméra le plus souvent. D’où le titre Solos. On leur donnera bien la réplique. Mais ils sont seuls en scène. Et c’est ultra puissant.

Je vous laisse découvrir la bande annonce :

Réflexions

La peur

L’un des thèmes centraux de la série pour moi, c’est la peur. Elle est déclinée sous de nombreuses versions. Ou tout du moins, elle a différent contexte. Il y a la peur de mourir que chacun affronte tôt ou tard. La peur de ne pas plaire. La peur d’être passé à côté de sa vie. La peur de ne pas avoir d’enfant. La peur d’être blessée. La peur aussi après un événement traumatique…

Toujours est-il que c’est à chaque fois une peur qui empêche d’avancer. C’est en tout cas la réaction qu’ont choisi d’adopter les personnages. Ils n’arrivent pas à sortir de cette zone de confort. A bien y réfléchir, c’est exactement ça. Que ce soit, le personnage arrogant qui se cache derrière ce rôle de connard ; cette femme qui reste dans son bunker, indispensable à sa survie à un moment donné… ils ne veulent ou ne peuvent pas sortir de leurs zones de confort, dévorés par la peur.

Pourtant la peur sert justement à faire bouger, comme toutes les émotions… Elle montre l’hypothétique, si on ne fait rien justement. Oui mais voilà, nos héros sont coincés littéralement.

Solo

C’est amusant, car c’est en voyant la bande annonce que j’ai découvert un aspect à côté duquel j’étais complètement passée à côté dans la série : la solitude des personnages. Pour moi, c’était la peur qui était au centre de chaque épisode. Mais effectivement, tous font face à la solitude.

Ils sont tous enfermés dedans de bien des façons. Et la peur n’est finalement que le symptôme de ce problème plus profond.

Parfois c’est une solitude subie, parce qu’on se retrouve perdue au milieu de nul part. Oui la Creuse, chaque été, c’est un bon exemple en effet. Je le soumettrai à la prod pour la saison 2 ! Personne ne peut vous atteindre.

Parfois c’est parce qu’on vous a éloigné des autres. Pour votre sécurité ou pour celle des autres. Je pense que nos derniers mois de confinement en ont été un bon exemple…

Et puis il y a la solitude qu’on crée soi-même, en faisant le vide autour de soi, en ne prenant pas de risque, en se laissant aspirer par le quotidien ou par un projet ou par une vie qu’on a pas choisi. Il n’y a plus le temps ni l’énergie pour aller vers les autres.

La solitude a aussi quelque chose de confortable. Finalement, on maîtrise chaque chose qui s’y passe. Pour les gens hyperémotifs ou qui analysent énormément les interactions sociales, c’est un repos, un salut nécessaire… Oui, c’est plus simple de ne pas croiser d’autres gens, de ne pas devoir analyser le comportement de l’autre, pour s’y adapter ou pour vérifier si oui ou non on peut être soi. C’est épuisant d’être sur le qui-vive en permanence alors la solitude représente un havre de paix…

Je crois que la solitude protège aussi du rejet. Si personne ne rentre dans ma sphère alors je ne risque pas d’être exclue. Je ne serais pas critiquée, personne ne pourra me faire de reproche ou me faire sentir que je ne suis pas comme il faut. Je n’ai qu’à vivre avec moi-même et finalement, c’est assez confortable (tant qu’on n’est pas son propre tyran). Mais si on se sent bien avec soi-même, pourquoi avoir besoin des autres ?

Vous allez me dire que c’est avoir une estime de soi bien fragile finalement… Et vous avez parfaitement raison ! Oui il faut se sentir bien dans ses pompes pour affronter le monde, le regard des autres, leur potentiel jugement, leurs éventuelles critiques… Je sais, vous allez me dire, pourquoi un jugement si négatif sur le monde ? Peut-être qu’il nous accueillera à bras ouvert, qu’il nous trouvera génial, nous fera croulée sous les fleurs et les compliments.. Question de construction j’imagine…

Je sais déjà que certains vont me dire que la solitude c’est pour éviter les cons. Peut-être… Mais j’aime à croire qu’il y a au contraire une majorité de gens extraordinaires dehors. C’est peut-être ça le problème : et si ces gens formidables ne m’aimaient pas ? me jugeaient insuffisante ?

Alors c’est vrai, autant ne pas prendre le risque de le découvrir. Autant rester dans sa jolie cage, ou sous sa couette, ou dans sa petite vie, ou avec son chat…

L’éveil

Je repense à une conversation que j’ai pu avoir avec des amis au sujet de cette série. Pour moi, c’était une explosion, mais pour eux, ça n’a pas eu le même retentissement. Selon eux, au fond, la série ne traitait que d’un seul sujet : cette fameuse peur.

Et oui, c’est vrai, ce n’est à chaque fois qu’une déclinaison de la peur. Mais ce qui vient de me frapper c’est que derrière ces brillants monologues, ces envolées puissantes, c’est surtout l’éveil de ces personnages, qui m’a plu.

Tous partent avec cette peur qui les définit, qui les bloque. Mais finalement, à l’issue de leur monologue, c’est une révélation qui s’offre à eux. Sur eux-mêmes. Un éveil littéralement. A l’issue de l’épisode, ils prennent conscience d’un état. Etat qu’ils ignoraient, qu’ils se cachaient à eux-même ou au contraire d’un possible !

Le premier épisode, qui n’est pas forcément mon préféré, nous raconte l’histoire d’une scientifique qui cherche à voyager dans le temps. Sans doute pour sauver sa mère dont elle s’occupe car gravement malade. Le chemin cathartique que lui impose son dialogue avec elle-même l’amène à admettre qu’elle n’en peut plus de cette vie-là. Qu’elle préfèrerait que sa mère meure. A partir de là, tout s’enclenche, tout se déroule comme une bobine de fil…

Et chaque épisode est comme ça. On amène l’individu à s’interroger sur sa condition pour qu’il admette ou réalise quelque chose. C’est ça la puissance de cette série ! C’est ce chemin cathartique qui va l’amener à réaliser son blocage…

Conclusion

Si j’ai tant aimé cette série, c’est d’abord parce que j’ai trouvé extrêmement vibrant le discours des personnages, souvent sous forme de monologue. Ensuite, la performance des acteurs est juste époustouflante. Certains diront que ça serait encore plus puissant au théâtre, si on voyait ça en direct live et je partage assez cette réflexion. C’est d’ailleurs pour ça que j’adore le théâtre. La puissance des monologues ou des grandes déclamations est encore plus profonde. On vibre quand on nous le déclame !

Mais à défaut de pouvoir aller au théâtre, être servie dans son salon par une série aussi léchée, aussi esthétique, je trouve ça vraiment génial. Elle ne s’adresse pas particulièrement aux fans de SF car encore une fois, la technologie n’est qu’un prétexte. Donc n’hésitez pas, foncez vous faire votre propre avis. Peut-être n’éveillera-t-elle rien de spéciale mais qui sait !