- Catégorie : cinéma / film
- Titre : Close
- Casting : Eden Dambrine, Gustave de Waele, Emilie Dequenne
Sur les conseils bien avisés d’un ami, je suis allée voir ce Grand Prix du Festival de Cannes 2022. Je n’aime pas particulièrement aller voir les films primés que je trouve parfois trop élitistes ou perchés, mais celui-ci m’a bien inspirée. Par contre, je vous préviens, prévoyez les mouchoirs. Je vous raconte toute de suite !
L’histoire
Léo et Rémi sont amis, comme des frères. Ils passent tout leur temps à jouer ensemble, à rêvasser, à battre la campagne, sous le regard bienveillant de la mère de Rémi. Tout est doux dans leur monde, leur amitié tendre faisant comme un matelas douillé, le tout sous le soleil de l’été dans les champs de fleurs…
Et puis ils entrent en première année dans une nouvelle école. Il y a donc de nouveaux camarades qui s’interrogent sur cette proximité entre eux. Deux garçons qui se prennent dans les bras ou se tiennent par la main, c’est forcément qu’ils sont en couple ensemble.
A partir de là, Léo va commencer à prendre ses distances de Rémi, essayant de s’intégrer dans le groupe des garçons. Il se met au hockey sur glace, traine plus avec la bande de gars, joue avec eux etc.
Jusqu’au jour où Rémi manque à l’appel… A partir de là, la vie de Léo ne sera plus la même.
Je vous laisse voir la bande annonce qui retranscrit extrêmement bien l’ambiance du film.
Ce film est tout simplement fabuleux. Au-delà de l’aspect technique : car oui, c’est bien filmé, il y a des plans superbes, une musique parfaitement adaptée, des acteurs qui jouent justes et des jeunes artistes ultra prometteurs… l’histoire est tout simplement puissante. C’est un drame sublime qui n’a laissé personne indifférent dans la salle de cinéma. ça pleurait à chaude larme tout du long et ça reniflait sévère… signe que c’était très poignant et pas que pour les personnes hypersensibles à la larme facile comme moi ! Parce que derrière le drame, il y a parfois l’horreur de petites remarques qui viennent gâcher quelque chose de beau.
Réflexions
Petites phrases assassines
Le point de départ de l’histoire (pas de spoile c’est dans la bande annonce), c’est cette conversation à la cantine où on va demander à Rémi et Léo s’ils sont en couple. D’un côté, c’est fabuleux que de jeunes élèves comme ça soient ouverts au fait que des camarades puissent être homosexuels, et que ça ne pose pas de problème (encore que, on le voit dans le film, comme il y a suspicions, les remarques homophobes pleuvent quand même parfois !). Mais de l’autre, c’est triste que lorsque Léo répond qu’ils sont comme des frères, on lui rétorque que peut-être qu’ils n’assument pas leur homosexualité…
C’est, selon moi, à ce moment-là que tout bascule. Parce qu’on vient de renvoyer que deux garçons qui sont tendres l’un envers l’autre sont forcément attirés sexuellement l’un par l’autre. La fraternité ne peut s’exercer que dans les liens du sang. Et une amitié saine bien masculine doit être virile sinon elle est nécessairement homosexuelle…
Quel raisonnement !!!
D’autant que Léo s’en défend en disant que les filles en face de lui se font bien des câlins, des bisous sans être pour autant lesbiennes et sans qu’il y ait aucun soupçon sur leur orientation… Alors quoi ?
Et bien voilà, la masculinité toxique vient de frapper : les garçons, c’est fort, ça se bat, ça fait du sport bien violent, ça se dépasse, ça s’insulte gentiment, ça ne pleure pas, ça dit pas ses émotions… Y a que les tapettes qui font des câlins et qui sont sensibles ! Un vrai bonhomme ça fait une franche accolade virile éventuellement, mais c’est tout ! (comprenez l’ironie)
Léo commence à intégrer cette norme. Il intègre que ce n’est pas normal d’être comme ça avec Rémi. Lui-même peut-être vient à douter. Mais en tout cas, il veut s’intégrer au groupe et il a bien compris que pour ça, il ne faut pas que son hétérosexualité soit remise en question. On retrouve cette problématique dans le livre « Tu seras un homme – féministe – mon fils » d’Aurélia Blanc. Comment élever un garçon en laissant s’exprimer sa sensibilité, sa douceur, sa rêverie, son empathie sans le mettre en marge des garçons de sa classe, peut-être moins déconstruit ? Comment faire pour qu’il ne se fasse pas attaquer par des moqueries homophobes ? Parce que pour la grande majorité, la masculinité passe par une certaine forme de virilité un peu machiste…
Ce qui est le plus amer dans ce film, c’est que lorsque Léo se retrouve sans Rémi, il va avoir avec son grand frère Charlie (frère par le sang ici) ses même gestes tendres, d’affection, de réconfort… et là pas de remise en question, pas de doute… puisqu’ils sont frères…eux.
Je suis allée voir ce film avec un ami que j’apprécie beaucoup car très en connexion avec sa sensibilité, son empathie (bref des trucs de gonzesses d’après notre société genrée). Et il m’a partagé que lui aussi avait eu ce moment de passage, où une distance, voire une pudeur s’installe entre des amis d’enfance. Parce qu’on grandit, et qu’on intègre la norme sans doute.
Source de mal-être
L’adolescence est un âge charnière, où les sensibilités sont parfois exacerbées, où des petits drames à l’échelle adulte sont des cataclysmes dans la peau de ses enfants en transition.
Le film Close m’a refait pensé au film musical Dear Evan Hansen. Dans ce film, un jeune mal dans sa peau, Evan Hansen, qui revient à l’école avec un bras dans le plâtre à la rentrée suite à un « accident » l’été, s’écrit une lettre sur les conseils de son psy. Cette lettre lui est dérobée par Connor, un jeune taciturne et solitaire de l’école, qui lui a signé son plâtre vierge. Quand Connor se suicide, ses parents cherchent des réponses auprès d’Evan qui semblait être son seul ami d’après la lettre qu’ils ont trouvé… Mais voilà, Connor et Evan ne sont pas amis, et Evan ne sait pas comment le dire à ses parents qui retrouvent un fils en lui.
Ici aussi, on retrouve des parents qui veulent comprendre ce qui s’est passé car malheureusement, tous les ado ne prévoient pas de laisser un explication comme dans 13 reasons why (je vous invite à relire l’échappée à ce sujet si vous ne l’avez pas déjà fait.). Qu’est-ce qui peut justifier un tel acte ?
Mais c’est terrible de demander à de jeunes adultes, parfois encore des enfants, de justifier l’acte de leur camarade. Déjà en tant qu’adulte on se reproche souvent de ne pas avoir vu ou fait quelque chose face à cet acte silencieux et solitaire. Alors comment un enfant peut-il se protéger de cette culpabilité inhérente à ceux qui étaient proches et qui restent ? Comment continuer sa vie, comme avant, comme si de rien n’était ?…
Et je comprends les parents qui cherchent des réponses et qui sont dans cette souffrance… La perte d’un enfant n’est jamais facile…
Se remettre de la perte d’un enfant
Dans le film, ce qui est aussi très poignant, c’est de voir les parents désemparés, qui craquent, qui ne peuvent pas faire semblant, qui cherchent à comprendre…
Cécile Pivot, dans son livre Mon acrobate, interroge la douleur de perdre un enfant. Dans ce livre, paru cette rentrée aux éditions Calmann Lévy, Zoé meurt dans un accident de voiture à l’âge de 8 ans. Izia, sa mère, et le personnage principale, ne s’en remet pas. Et on la suit dans son marasme qui dure, qui dure. Elle garde intacte la chambre de sa fille. Elle ne touche à rien, sorte de mausolée qu’il ne faudrait surtout pas contaminer avec la vie d’au-dehors.
Elle va pourtant commencer à sortir un peu la tête de l’eau en créant un travail inédit : videuse de maison de défunt. Elle aide les vivants à faire le tri, le rangement, le débarras des affaires des proches morts récemment. A travers cette expérience, elle va faire face à toutes sortes de formes de deuil…
Ce livre est poignant car le désarroi maternel y est extrêmement bien décrit. Comment on reprend sa vie après un drame pareil ? Comment on recommence à être heureux alors qu’il s’est passé ça ? Comment on s’y autorise ? Comment on fait face au souvenir qui s’estompe avec le temps ? Comment on fait face au regard compatissant des gens ? Comment on absorbe le vide que ça crée ?
La disparition d’un être cher, encore plus lorsque c’est de sa descendance, n’est pas anodine… C’est un bouleversement profond qui ne peut laisser personne insensible.
Conclusion
Ce film Close est magistral… Il est beau, doux, tendre et en même temps tellement cruel. On a mal pour ces gamins, pour ces parents, pour ces familles déchirées. On est en colère contre ces petites moqueries ou remarques homophobes, mine de rien, lancées au détour de la cours de récré. On est désespéré de voir comment une norme de société peut blesser, brutaliser des enfants, contraindre à des changements pour s’intégrer, pour faire partie du groupe…
C’est selon moi une critique de la masculinité toxique. Le propos va plus loin que de dire « des enfants pourraient être homosexuels, ça ne devrait pas être un problème à l’école ». Il demande « et pourquoi deux garçons qui s’aiment d’amitié ne pourraient ils pas l’exprimer dans la tendresse ». Pourquoi la franche camaraderie devrait-elle être pudique, virile, à coup de grande claque dans le dos, pour être validée par ses paires et donc la société ?
Quant à ce geste terrible de désespoir, reste à espérer que des adolescents trouvent la force de chercher l’aide qui pourra les sauver. A toute fin utile, je remets les numéros spéciaux qui sont là pour accompagner, et peut-être sauver de ce geste irrémédiable…
CAP ECOUTE : Service d’Ecoute Téléphonique ANONYME et GRATUIT à destination des Ados, des Parents et des Professionnels de la Santé et de l’Education en difficulté.
Ligne d’écoute REGIONALE : n° vert 0 800 333 435
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SOS DÉPRESSION : 01 40 47 95 95
SOS HOMOPHOBIE : n° vert 0 810 108 135
Comme le chante si bien le film Dear Evan Hansen, vous n’êtes pas seul :