- Catégorie : théâtre
- Titre : Cyrano
- Casting : Camille Arrivé, Clémence Baudouin, Sarah Bretin, Caroline de Touchet, Robin Hairabian, Guillaume Lauro Lillo, Lorraine Résillot, Lina Aucher
Ah comme j’aime le théâtre ! Et je profite de mes escapades à la Capitale pour m’en délecter. Ce soir n’a pas fait exception avec cette magnifique interprétation du classique d’Edmond Rostand : Cyrano de Bergerac. Je vous raconte comment cette mise en scène nous montre l’universalité du propos, comment les vers de Rostand résonnent encore aujourd’hui.
L’histoire
Faut-il vous faire l’affront de vous raconter l’histoire de Cyrano de Bergerac ? Ce gascon au long nez mais à la lame fine est épris en secret de Roxane. Mais la belle aime Christian, un jeune cadet beau comme le jour mais sot comme un âne. Alors, Cyrano va prêter au bellâtre son esprit, son verbe, sa plume et parfois sa voix. Roxane n’en sachant rien vivra le deuil de son amant alors que Cyrano se mure dans le silence. Ainsi finit tristement cet amour pur et éclatant.
Mais ce qui fait la particularité de cette pièce « Cyrano », visible à la Scène Libre à Paris, c’est que, tout en gardant une partie des mots d’Edmond Rostand, elle propose un concept inédit : au début de chaque représentation, le public choisit sa distribution. Qui sera Cyrano, Christian, Roxane et les autres, c’est au public de le décider parmi sept comédiens, tous pouvant jouer tous les rôles. Ainsi Cyrano peut être tantôt joué par un homme ou une femme, selon la fantaisie du public.
Ce soir nous avions une Roxane, un Cyrano et une Christian. Une des 5040 combinaisons.
Et pari réussi : on sort de là en se disant qu’on a eu la meilleure distribution possible ! Ce qui donne envie d’y retourner pour voir si ça serait aussi brillant avec une autre composition de troupe.
Réflexions
Un pic, un cap, une péninsule
Alors évacuons tout de suite ce qui me travaille depuis que je suis sortie de la salle. Oui, j’ai vibré aux mots car c’est la première fois que je voyais Cyrano en vrai, en direct, en pièce de théâtre. Je ne l’ai vu qu’à la télé dans le film de Jean-Paul Rappeneau, avec le désormais très problématique Gérard Depardieu.
Car oui, impossible de passer à côté des dernières révélations, du silence de certaines célébrités ou du soutien à ce monstre du cinéma. Et ici, le terme de monstre est à double sens. Bien que la personne soit détestable, le jeu de comédien est fabuleux. Faut-il séparer l’homme de l’artiste ? C’est l’éternelle question à laquelle je ne sais pas quoi répondre…
Est-ce que, parce ce qu’on ne savait pas à l’époque de sa sortie, ça autorise à regarder le film et le savourer même maintenant ? Est-ce que, parce qu’on sait maintenant, on doit s’interdire de le regarder ? Faut-il canceler ce film parce que l’humain derrière le rôle merveilleux est abjecte ? Est-ce que regarder tout en étant critique envers l’acteur, c’est quand même soutenir sa noirceur ? Est-ce que la saveur du personnage en sera différente maintenant qu’on sait ce que cache le comédien qui l’anime ? Est-ce que quelqu’un qui découvre le film maintenant aurait un jugement différent du Cyrano de Depardieu ?
A cela, pas de réponse… Du moins rien de clair à mes yeux.
Edmond Rostand, le poète
Ce que j’ai également aimé dans cette pièce de théâtre, jouée par la merveilleuse troupe des Divergents, c’est une introduction avec la voix de Jacques Weber. Celui-ci explique que pour lui Rostand a des traits de génie et pourtant parfois le verbe lourd, maladroit.
Ecrire un chef d’œuvre n’est pas choses aisée. Trouver la belle tournure et faire avancer l’histoire peut vite tourner à la mauvaise écriture (la preuve en est, avec mon écriture de ce soir comme un pied !).
Cela me ramène a une autre découverte de théâtre, désormais aussi adaptée au cinéma : Edmond, du talentueux Alexis Michalik. Vous connaissez déjà mon amour pour lui avec sa magnifique pièce Une histoire d’amour dont je vous parlais dans mon échappée #33.
Dans cette pièce et ce film donc, on suit Edmond Rostand, petit écrivaillon de théâtre qui ne trouve pas le succès. Pourtant, la rencontre avec sa muse, pas si étrangère de celle de Cyrano, va lui donner l’inspiration de cet amoureux, déguisé sous les traits d’un autre, celui d’un de ces amis acteurs au physique de jeune premier.
Grâce à l’acteur Jean Coquelin, qui interprètera en premier le rôle de Cyrano, Edmond Rostand trouve l’impulsion pour écrire sa pièce. Les éléments de sa vie se mêlant à la fiction.
L’universalité de l’amour
Ce qu’on peut admirer en revanche, sans risque aucun, c’est l’universalité des vers d’Edmond de Rostand. En effet, et c’est ce que nous prouve cette version : on peut les mettre dans n’importe quelle bouche, ils finissent malgré tout par faire mouche.
Car c’est bien de cela ici dont il est question. L’amour, d’où qu’il vienne, provoque toujours le même frisson. Et les mots qui l’anime sont aussi doux à entendre de la voix masculine ou féminine. On peut ainsi voir des amours entre femmes, entre hommes ou entre les deux, les baisers échangés sont tout aussi langoureux. Et la douceur du mot, du verbe, de l’inflexion portent aussi haut que les esbrouffes et le panache de la diction.
Ainsi le chef d’oeuvre fut né. Et si cette histoire fascine autant, c’est que finalement elle parle un peu de nous tous. Il y a forcément quelque chose qu’on trouve laid chez soi, que ce soit son grand nez ou sa propre bêtise. Combien de fois nous sommes-nous senti mal armé face à l’élu de notre cœur ? Comme si nous n’étions pas assez bien, pas assez beau, pas assez parfait pour cette âme sœur. Cyrano c’est le physique, Christian l’esprit. Tous deux pensant n’être pas dignes de l’amour de la belle Roxane.
Roxane quant à elle incarne peut-être la capacité à se tromper, à se faire berner. Par un joli minois dont on veut croire les mots doux à l’oreille. Parce que finalement, on reste toujours attiré par ce qui nous parait beau, esthétique, en premier. Il n’y a bien que les sapiosexuels qui sont excités par un esprit bien aiguisé. Nous sommes donc trompés par nos sens, avant que les mots ne montent à notre cœur.
Aussi des mots écrits au XIXème siècle résonne encore à notre époque, preuve que l’amour est éternel…
Conclusion
Les mots d’Edmond Rostand seront à jamais parmi les Classiques car ils sonnent toujours aussi justes, des siècles après. Le thème de l’amour, pourtant régulièrement exploré, reste magnifique et pur dans cette œuvre. Et bien que l’ombre repoussante des actions de certains hommes pourraient venir ternir la beauté de cette pièce, force est de constater que les mots triomphent malgré tout.
Et quel talent et délice de les voir incarner par des figures différentes. Nous sortons des stéréotypes avec la troupe des Divergents qui mêlent aux vers de Rostand, du combat, de la danse, du chant. Un moment enchanteur justement qu’il faut vite aller voir à la Scène Libre jusqu’au 17 mars 2024 !!! Alors allez-y foncez !